Prendre la défense des femmes, filles et minorités religieuses au Pakistan

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ASMA JAHANGIR – Pakistan

 

Cette histoire fait partie de la série Nous sommes le changement en droits humains pour célébrer le 50e anniversaire d’Equitas (#Equitas50). Tout au long de l’année 2017, découvrez les histoires de 50 défenseur-e-s des droits humains. Ce ne sont là que quelques leaders parmi des centaines qui, avec l’appui d’Equitas, changent des vies à travers le monde par l’éducation aux droits humains.

 

 

Asma Jahangir, défenseure des droits humains, avocate et activiste est a été une figure éminente au Pakistan durant les 40 dernières années. Asma a compris l’importance de la liberté d’expression dès son plus jeune âge, alors que son père était prisonnier politique. Au début des années 80, alors qu’elle commence à pratiquer le droit, il y avait peu de femmes dans les tribunaux. Aujourd’hui une avocate renommée dans son pays et à l’international, Asma se souvient encore des attitudes paternalistes qu’elle a dû subir de la part des juges au début de sa carrière.  

L’accès à la justice pour les « cas perdus » 

Asma a toujours été en première ligne pour prendre la défense de ceux que beaucoup de pakistanais considèrent comme des « cas perdus »; femmes victimes de viol, épouses battues, victimes d’attaques à l’acide et personnes accusées de blasphème. Les discours considérés comme un blasphème et le manque de respect pour les symboles religieux sont des crimes passibles de mort au Pakistan. Selon Human Rights Watch, il y aurait 19 personnes reconnues coupables de cette offense seraient dans le couloir de la mort et des centaines d’autres seraient en attente de procès. La majorité de ceux qui sont touchés par ces lois sont membres de minorités religieuses et n’ont pas un accès adéquat à l’assistance juridique. Les cas d’arrestation pour ces accusations suscitent souvent une grande couverture médiatique, ce qui entraîne des tensions entre groupes religieux. Il y a eu des cas où les accusés ont été assassinés avant même de subir un procès, ou forcés à fuir le pays afin d’échapper à des peines injustes. La pression touche également les juges qui se voient parfois attaqués pour leurs décisions.  

« Tout le monde a besoin d’être défendu, surtout lorsque les accusations sont injustes. Par exemple, un jeune garçon d’à peine quatorze ans a été faussement accusé de blasphème pour avoir fait un graffiti qui avait une connotation religieuse ». 

C’est pourquoi Asma s’est fait une priorité de défendre ces cas, en dépit des risques et de la mauvaise presse qu’elle a reçu.  

Asma s’est rendue au Canada a plusieurs reprises au cours des 25 dernières années. Elle a participé au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) à Montréal au début des années 1990. Cette expérience l’a inspiré à continuer son combat pour un monde plus sûr et juste. « J’ai réalisé que je n’étais pas la seule à me battre et ça m’a donné de la force ».  

« Intégrer les femmes à la société civile est une voie vers l’autonomie » 

Dans les années 1980, avec l’aide de ses amis, Asma a fondé la Commission pakistanaise pour les droits humains. Un de ses objectifs actuels est de faire prendre conscience des abus qui ont lieu dans son pays et de documenter les attaques contre les droits essentiels. « Le développement exige plus de droits pour les populations et un renforcement des institutions ». Asma a aussi travaillé pendant douze ans comme Rapporteur spécial sur les libertés religieuses et Rapporteur sur les exécutions extrajudiciaires pour les Nations Unies, voyageant entre le Pakistan et Genève pour son travail.  

L’éducation aux droits humains fait également partie du quotidien de son cabinet d’avocats, qui offre de l’aide juridique et éduque les futurs avocats à apprendre de leurs clients les plus vulnérables. « C’est important que les étudiants en droit comprennent ce que sont les valeurs des droits humains ». Sa propre carrière en tant qu’avocate et juriste s’est construite sur une vraie connaissance des personnes qu’elle représentait. C’est la leçon principale qu’elle souhaite transmettre aux générations futures de juristes.  

Pour Asma, informer les gens sur leurs droits c’est aussi leur donner une voix. « N’importe quelle femme ordinaire peut devenir une activiste. Intégrer les femmes à la société civile est une voie vers l’autonomie. »

Cette militante des droits des femmes voit la différence que cela fait quand les femmes en apprennent sur leurs droits. « Elles peuvent dénoncer les abus au poste de police et créer de la communication et de la solidarité entre femmes ». Les droits des femmes ont toujours été au centre de son engagement; elle a organisé plusieurs marches et a fondé le premier cabinet juridique entièrement féminin au Pakistan.  

Faire respecter les droits humains 

Les crimes d’honneur sont un autre champ de bataille d’Asma. Encore pratiqués au Pakistan et dans les pays voisins, ils créent un grand risque dans la vie des femmes. En décembre 2016, Noor Ayeza a été condamné à mort au nom de l’honneur dans un village où ces meurtres sont encore permis. Asma s’est tourné vers vers médias sociaux pour dénoncer la situation et appeler le gouvernement à intervenir. Le 10 décembre, Journée internationale des droits humains, la vie de Noor était sauve, grâce à la pression qui a été mise sur le gouvernement. « Les jeunes filles ne sont pas des propriétés, et aujourd’hui, nous pouvons utiliser la technologie pour connecter les femmes et sécuriser leurs vies. »  

Après une carrière à promouvoir la démocratie, le respect des minorités religieuses et les droits des femmes, Asma est devenue la première femme présidente du barreau de la Cour Suprême du Pakistan. Ce rôle, ainsi que les nombreux prix qu’elle a reçu au long de sa carrière, représentent une reconnaissance des difficultés qu’Asma a dû affronter durant sa vie de défenseuse des droits humains. Ses interventions pour l’égalité et l’inclusion ont toujours reçu beaucoup d’opposition au Pakistan, et elle dû affronter des assignations au domicile, des menaces de mort, de la diffamation et même des tentatives d’assassinat. Rien de tout cela ne pu l’empêcher de se battre pour ses idéaux. Pas étonnant qu’elle ait été surnommée « la femme la plus courageuse du Pakistan ».  

 


ASMA JAHANGIR – Pakistan
Avocate des droits humains
Co-fondatrice de la Commission pakistanaise des droits humains
Rapporteur spécial sur les libertés religieuses, 2004-2010
Ancienne participante au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) 


Histoire rédigée par Paule Portugais-Poirier, rédactrice-stagiaire, Equitas.

 

Le Programme international de formation aux droits humains d’Equitas est en partie réalisé grâce au soutien financier du gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

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