Utiliser l’art comme outil éducatif pour promouvoir la paix en Afghanistan

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OMAID SHARIFI – Afghanistan

 

Cette histoire fait partie de la série Nous sommes le changement en droits humains pour célébrer le 50e anniversaire d’Equitas (#Equitas50). Tout au long de l’année 2017, découvrez les histoires de 50 défenseur-e-s des droits humains. Ce ne sont là que quelques leaders parmi des centaines qui, avec l’appui d’Equitas, changent des vies à travers le monde par l’éducation aux droits humains.

 

 

Né et élevé à Kaboul, où règne la violence et la corruption, Omaid Sharifi a décidé de reconquérir sa ville, armé seulement d’un pinceau. Les murs — érigés à travers la ville pour protéger les bâtiments officiels contre les explosions – constituaient d’excellents canevas. « Nous souhaitions dissimuler les grands murs laids qui faisaient de Kaboul une prison ». Omaid a alors co-fondé Artlords, un mouvement d’art pour le changement social de plus en plus populaire et qui attire aujourd’hui l’attention à l’échelle mondiale.

Depuis sa création en 2014, Artlords a pour objectif de « donner une voix aux sans voix » en peignant sur les murs des messages d’anti-corruption et d’espoir. Plus de 150 murales ont déjà été peintes à travers Kaboul et il prévoit en peindre encore davantage. Avec une équipe de 25 employés et de 10 bénévoles, Artlords est fier d’adopter une approche inclusive et d’encourager les citoyens ordinaires et les passants à participer aux peintures murales. L’organisation espère ainsi habiliter les communautés locales et créer un mouvement pour le changement social. Omaid explique comment cette approche participative non seulement favorise la pensée critique et crée un sentiment d’appartenance à une communauté, mais elle permet également de démontrer la valeur que la population accorde au travail de Artlords.

«Lorsque je peins dans les rues de Kaboul et que les gens passent, que ce soit un chauffeur de taxi ou un vendeur de rues, ils me parlent et me remercient pour ce que je fais. Voilà ce qui me rend heureux et me rappelle que nous avons recours à l’art pour défendre une cause sociale, soit celle de rendre accessible l’art aux gens ordinaires».  

Grâce à ses œuvres d’art, Artlords a abordé un large éventail d’enjeux relatifs aux droits humains, incluant les droits des femmes et la transparence. Son objectif est « d’ouvrir l’esprit des gens à de nouvelles idées », en utilisant « le pouvoir de l’art et de la culture » et en adoptant une approche non intrusive. Parmi les murales, on retrouve entre autres la série Local Heroes, qui souligne le travail de héros méconnus comme la policière Fariba Hami, ainsi que des messages poignants tels que Je vous vois et Un brave homme appuie les femmes.

 

 

Toutefois, le chemin parcouru par Artlords en vue d’une plus grande transparence et pour la paix n’a pas été sans obstacle. L’organisation a dû mener plusieurs luttes en raison de ses positions tranchées. Une peinture murale illustrant des yeux, intitulée Je vous vois et questionnant la DNS (Direction nationale de la sécurité), a été retirée du jour au lendemain. La pression du public a conduit le gouvernement à demander à Artlords de la recréer trois mois plus tard. Malgré de nombreuses menaces et des circonstances mettant leurs vies en danger, Omaid et son équipe persévèrent, « car nous devons être forts si nous souhaitons changer les choses », dit-il.

Omaid attribue le succès rapide d’Artlords à son originalité. «En brisant les tabous et en se tenant debout malgré les défis auxquels nous sommes confrontés, nous avons réussi à établir des liens avec des acteurs clés en Afghanistan et à l’étranger»

En effet, en un an, Artlords a décoré Kaboul avec des peintures murales de nombreuses organisations et a collaboré avec des artistes à l’étranger, y compris en Allemagne, au Pakistan, aux États-Unis et en Inde.

Depuis sa participation en 2016 en tant que co-animateur du Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’Equitas à Montréal, au Canada, Omaid affirme que plusieurs participants de partout dans le monde ont communiqué avec lui afin de lui demander conseil sur la meilleure façon d’avoir recours à l’art dans leur propre pays. Des défenseurs des droits humains de pays comme Haïti et le Nigéria, où règne une certaine corruption, ont fait part de leur intérêt à utiliser l’art public comme outil d’éducation aux droits humains.

Étant donné sa popularité déjà impressionnante, Omaid dit avoir dressé un plan sur 10 ans pour Artlords. Au cours des 10 prochaines années, il souhaiterait qu’Artlords devienne le « mouvement populaire pour la transparence et la reddition de comptes en Afghanistan » et il espère que le mouvement deviendra « assez puissant pour tenir responsables les fonctionnaires, la société civile et le secteur privé afin qu’ils répondent aux demandes des citoyens ». Omaid espère aussi être en mesure d’étendre la portée d’Artlords dans d’autres pays au Moyen-Orient, dans le but de s’attaquer à la radicalisation et à l’extrémisme.

Bien que l’art ne soit généralement pas considéré comme l’outil conventionnel d’éducation du public, Artlords a su démontrer qu’il lui a été possible, avec de la détermination et de la créativité, de devenir un acteur inclusif jouant un rôle clé dans la consolidation de la paix.


OMAID SHARIFI – AFGHANISTAN
Co-fondateur et président de Artlords, Afghanistan
Participant au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’Equitas, 2014; Co-animateur du PIFDH, 2016


Histoire rédigée par Juliette Deshormes, stagiaire pour le Programme international de formation aux droits humains (2016) d’Equitas.

 

 

Le Programme international de formation aux droits humains d’Equitas est en partie réalisé grâce au soutien financier du gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

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