Raviver l’engagement et la participation des jeunes autochtones au Canada

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WIDIA LARIVIÈRE – Montréal, Canada

 

Cette histoire fait partie de la série Nous sommes le changement en droits humains pour célébrer le 50e anniversaire d’Equitas (#Equitas50). Tout au long de l’année 2017, découvrez les histoires de 50 défenseur-e-s des droits humains. Ce ne sont là que quelques leaders parmi des centaines qui, avec l’appui d’Equitas, changent des vies à travers le monde par l’éducation aux droits humains.

 

 

« Mon identité est intimement associée à mon militantisme ».

C’est notamment à travers le regard de l’Autre que Widia se rapproche de ses racines autochtones. À l’école primaire, sa professeure la présente à ses collègues de classe comme étant une Montagnaise. Sa mère lui apprendra qu’elle est plutôt algonquine par sa lignée maternelle. Son frère, quant à lui, sera intimidé au secondaire pour ses traits autochtones.

Lorsque Widia prend conscience de ce que représente être autochtone au Canada et du lourd passé colonial, elle décide de se dévouer entièrement pour sa communauté. « La population autochtone est plus jeune en moyenne que la population non autochtone. Il est important que les jeunes puissent se développer dans un environnement sain et culturellement sécuritaire. »

Les communautés autochtones représentent 4 % de la population canadienne. Pourtant, le taux de suicide est cinq fois plus grand que chez les non-autochtones. Le risque pour les femmes autochtones d’être portées disparues ou assassinées est aussi huit fois plus élevé.Les statistiques sont également alarmantes dans leur représentation au sein des établissements de détention. Ces injustices s’inscrivent dans un long passé d’acculturation et de discrimination.

Fort de ce constat, Widia, aujourd’hui jeune femme engagée, se définit comme une éducatrice aux droits humains. À travers Mikana, organisme d’éducation qu’elle a cofondé, elle organise des ateliers et des présentations afin de briser les préjugés sur les populations autochtones auprès du public québécois.

Comment ressent-elle l’impact de ses formations? « Lorsque les gens sont choqués de n’avoir jamais été mis au fait quant à l’histoire des peuples autochtones et les conséquences sur leurs conditions de vie actuelles. Les gens prennent connaissance des enjeux et le discours change vis-à-vis les demandes des peuples autochtones. L’accès à l’eau potable ou vivre dans un environnement sécuritaire sont des droits de base, ce ne sont pas des privilèges. »

Widia a animé une conférence lors des Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) 2016 et 2017 d’Equitas sur la situation des peuples autochtones au Canada. Les éducateurs aux droits humains de partout sur la planète ont été surpris d’apprendre que des enjeux liés au respect des droits des peuples autochtones existent aussi au Canada.

Widia s’implique dans un projet mené par Femmes autochtones du Québec visant la prévention de l’intimidation des jeunes autochtones, particulièrement des jeunes femmes. Ce projet vise à appliquer des méthodes de résolution de conflit basées sur des valeurs autochtones pour appuyer les jeunes dans leurs rapports interpersonnels. Widia tient à ce que ses interventions développent l’estime de soi et la fierté identitaire des jeunes. Elle a suivi pour la première fois la formation Parlons droits d’Equitas en 2012 afin de perfectionner ses enseignements et ses méthodes pédagogiques auprès des jeunes grâce à une approche basée sur les droits humains. « Nous utilisons dans les ateliers, notamment, une activitéd’Equitas sur la perception des niveaux de violence que nous avons adaptée à la situation autochtone. Cela permet aux jeunes de discuter des situations dans lesquelles ils vivent. »

Widia Larivière au Forum social des peuples – Août 2014

 

En 2012, le mouvement Idle No More est initié un peu partout au Canada. Des Autochtones des différentes nations ont mené des actions de contestations afin de dénoncer les lois omnibus qui allaient affecter les droits ancestraux des populations autochtones. Widia a fait partie des co-initiatrices du mouvement au Québec. Des actions simultanées (manifestations, éducation populaire, flash mob, etc.) un peu partout dans le pays ont inscrit les enjeux autochtones dans l’actualité.

« Pour les jeunes, Idle No More a ravivé leur fierté identitaire et a stimulé leur engagement dans leur communauté. Le discours change et beaucoup de jeunes ont pu s’exprimer à travers le mouvement. Il y a une volonté d’agir et d’implication de leur part». Widia a aussi noté une présence élevée de jeunes femmes dynamiques dans les rangs du mouvement. Pour elle, leur présence transforme l’image stéréotypée des femmes autochtones souvent cloitrée dans le rôle de victimes.

L’éducation est le fer-de-lance du changement pour Widia, et cela, à tous les niveaux. « Les Autochtones doivent avoir accès à une éducation qui reflète leurs réalités et leur culture et les non-autochtones doivent aussi être sensibilisés aux enjeux autochtones ».

Un gain personnel et collectif pour Widia est le début d’un cours dans sa langue algonquine qu’elle suit avec grand intérêt. Elle pourra pour la première fois, après l’allemand, l’espagnol, l’anglais et le français, se rapprocher de sa culture par l’entremise de la langue. « C’est un bon moyen pour les jeunes de se réapproprier leur culture, car c’est notre responsabilité de la raviver ».


WIDIA LARIVIÈRE
Cofondatrice, Mikana, Montréal, Canada
Coordonnatrice jeunesse, Femmes autochtones du Québec, 2009-2016
Co-initiatrice de la mobilisation québécoise du mouvement Idle No More
Personne ressource, Programme international de formation aux droits humains d’Equitas, 2016 et 2017
Participante, programme Parlons droits d’Equitas, 2012, 2013 et 2016; Participante, programme Jeunes femmes, Jeunes leaders d’Equitas, 2014
Lauréate du Prix Ambassadeurs de la Conscience remis par Amnesty international, 2017


Histoire rédigée par Paule Portugais-Poirier, rédactrice stagiaire, Equitas

 

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Le Programme international de formation aux droits humains d’Equitas est en partie réalisé grâce au soutien financier du gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

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