Promouvoir une citoyenneté engagée en Haïti pour redresser la situation du pays

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PATRICK CAMILLE – Haïti

 

Cette histoire fait partie de la série Nous sommes le changement en droits humains pour célébrer le 50e anniversaire d’Equitas. Tout au long de l’année 2017, découvrez les histoires de 50 défenseur-e-s des droits humains. Ce ne sont là que quelques leaders parmi des centaines qui, avec l’appui d’Equitas, changent des vies à travers le monde par l’éducation aux droits humains.

Photo : Mikael Theimer

Il y a une vingtaine d’années, Patrick Camille, alors enseignant dans une école en Haïti, se lançait dans des études de droit, « la voie idéale pour les jeunes haïtiens qui veulent s’assurer de hauts revenus ».  

C’est un cours de droits de l’Homme qui a fait prendre conscience à Patrick et ses camarades de l’impact social qu’ils pouvaient donner à leurs études. « Mon professeur m’a fait comprendre qu’un pays où les droits socioéconomiques ne sont pas respectés, où l’État n’a pas de programme social pour sa population, ne permettant pas d’accès à l’emploi ni à l’éducation – un tel pays est un état failli, dont la population ne peut être qu’en situation vulnérable».   

Ce constat a fait réaliser à Patrick Camille qu’« un travail sur les droits humains est essentiel pour participer à redresser la situation du pays». 

Éclairé de cette conviction, Patrick Camille a intégré la Plateforme des Organisations Haïtiennes de Défense des Droits Humains (POHDH), dont la mission est d’identifier les violations des droits humains à l’échelle nationale.  Un premier pas sur le chemin de la défense des droits humains, voie qu’il n’a plus jamais quittée par la suite.  

Accompagner les rapatriés haïtiens 

Patrick Camille a participé pour la première fois au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’Equitas en 2002. Cette expérience l’a poussé à retravailler les méthodes de formations offertes par son équipe afin de les rendre plus accessibles aux citoyens chargés d’identifier les violations des droits humains dans leurs communautés.

Par la suite, les dénonciations de violations des droits humains se sont multipliées, ce que Patrick Camille attribue à la plus grande sensibilité aux droits humains développée par les militants à travers les nouvelles formations de la POHDH.

« C’est une chose d’enseigner les conventions, les mécanismes et institutions liés aux droits humains, mais c’est autre chose de pouvoir permettre aux militants et aux citoyens de se sentir eux-mêmes engagés », explique-t-il.  

En 2004 Patrick est retourné à Montréal pour participer au PIFDH, cette fois-ci en tant que co-facilitateur. Cette nouvelle collaboration avec Equitas a renforcé ses compétences de leadership pour mettre en œuvre les projets du Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR), une organisation dédiée à l’accueil de migrants haïtiens expulsés de la République Dominicaine. 

Avec le GARR, Patrick Camille est chargé de réinsérer les rapatriés à la société haïtienne, tout en encourageant la solidarité et la coopération de la population locale. Il vient également en aide aux déplacés internes victimes du tremblement de terre et a contribué au lancement d’un programme de formation aux droits humains. Après 7 ans passés au GARR, Patrick Camille a multiplié les projets, s’engageant aussi bien dans la lutte contre la traite des personnes que pour la protection de l’enfance. 

Citoyenneté active

Aujourd’hui, Patrick Camille occupe le poste de « Civil Society Advisor » au projet de renforcement du secteur de la justice (JSSP) implémenté par Chemonics international pour le compte de l’USAID. En tant que consultant en droits humains, il a travaillé avec l’Institut du Bien-être Social et de Recherche (IBESR) entre novembre 2015 et aout 2016 pour lequel il a préparé les modules de formation en suivant notamment les méthodes apprises au PIFDH et en réalisant un diagnostic institutionnel pour l’IBESR. Il est également professeur à l’école de la magistrature de Port-au-Prince, où il enseigne le droit international des droits de l’Homme. 

En plus de ces deux rôles, Patrick Camille est aussi un partenaire d’Equitas dans le cadre du programme Promotion de la citoyenneté engagée (PCE), mis en œuvre par Equitas avec une douzaine d’organisations en Haïti. Ce programme est à l’origine de la trousse « Je m’engage, ensemble nous bâtissons », un outil d’accompagnement permettant aux Haïtiennes et Haïtiens de participer à la reconstruction du pays. En tant que coach du PCE, Patrick Camille forme les accompagnateurs à utiliser cette trousse pour encourager l’engagement citoyen au sein des communautés. 

Ce projet a été essentiel pour déconstruire l’image d’attente passive associée aux populations victimes du tremblement de terre, et a permis à de nombreuses Haïtiennes et de nombreux Haïtiens de dépasser leur découragement face à la situation pour y remédier par eux-mêmes .  « Les gens attendaient une intervention de l’État, des ONG, une aide extérieure… Ce programme a permis à la population de prendre ses responsabilités dans la remise sur pied du pays : la trousse a permis de former 55 accompagnateurs communautaires qui eux-mêmes ont travaillé avec 1600 leaders communautaires ».  

Des jeunes engagés dans la communauté 

L’enthousiasme que met Patrick Camille à partager les nombreuses victoires liées à cette initiative est contagieux. D’une campagne de sensibilisation à l’hygiène pour éviter la propagation du choléra, à l’action de femmes luttant contre l’insalubrité dans les prisons, les projets menés en amont du programme Promotion de la citoyenneté engagée ont eu des résultats concrets, dont l’impact s’est multiplié par la suite. « Ces projets ont mené à d’autres actions citoyennes comme on n’avait pas l’habitude d’en voir dans les communautés », dit-il fièrement. Au total, ce sont plus de 100 000 personnes qui bénéficient des projets d’actions communautaires locaux aujourd’hui. 

À Port-au-Prince, Patrick Camille a réuni des jeunes issus à la fois de quartiers défavorisés et de milieux plus aisés, afin d’identifier des moyens pour améliorer la vie communautaire dans les quartiers sensibles. Par ce travail de réflexion, les jeunes ont pris l’initiative de nettoyer les rues et sensibiliser les habitants à la protection de l’environnement. 

« Quand on voit les jeunes nettoyer la rue, on pense d’abord au « cash-for-work », un système de rémunération mis en place après le tremblement de terre pour inciter les habitants à effectuer des tâches de réparation et de nettoyage », explique Patrick Camille. « À travers un tel système, le sentiment citoyen n’était pas présent.  Or avec le programme Promotion de la citoyenneté engagée, les jeunes ont appris à se détacher de l’idée de rémunération et à participer eux-mêmes à améliorer la vie dans leur quartier par des actions citoyennes. » 

Ce qui touche Patrick Camille, c’est l’estime de soi que l’initiative a apportée aux jeunes. « Ils ont senti que les autres les considéraient désormais comme des modèles, et ça a été extraordinaire pour eux, car c’était la première fois qu’ils pouvaient s’affirmer en tant que leaders de leur communauté. »

Le parcours de Patrick Camille a été marqué par un engagement passionné pour la défense des droits humains et les initiatives solidaires. Mais d’où lui vient ce désir d’aider les autres ?  

Patrick Camille n’a pas grandi auprès de ses parents biologiques. Pour lui, vivre dans la famille de son parrain a été une chance, car celui-ci avait les moyens nécessaires pour l’envoyer à l’université. L’enfance de Patrick lui a permis de comprendre la situation d’autres enfants élevés hors de leur foyer, mais qui malheureusement n’ont pas eu cette chance d’avoir une famille d’accueil pour les héberger et leur offrir toute l’affection dont ils ont besoin. Être conscient de la vulnérabilité d’autrui, c’est aussi ça qui l’a poussé sur la voie des droits humains. 


Patrick Camille — Haïti 

Consultant en droits humains, Institut du Bien-être Social et de Recherche (IBESR)
Professeur de droit à l’école de la magistrature de Port-au-Prince
Participant au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’Equitas, 2002, co-animateur (2004) et animateur (2010, 2016, 2017) PIFDH 


Histoire rédigée par Chedine Tazi, chargée de projets, Communications, Equitas. Propos reccueillis par Michelle Sullivan. Michelle Sullivan Communications: michellesullivan.ca

 

Le Programme international de formation aux droits humains d’Equitas est en partie réalisé grâce au soutien financier du gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

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