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Ouvrir les yeux sur le handicap : du PIFDH à mon mémoire de recherche

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Stagiaire durant le Programme international de formation aux droits humains en 2018, la rencontre de Manon Thépault auprès d’activistes défendant les droits des personnes handicapées l’a inspirée à rédiger son mémoire de maîtrise sur l’évolution de ces droits dans la région MENA.

Mon expérience au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH), organisé par Equitas, m’a donné l’opportunité de réfléchir davantage sur la question des droits des personnes handicapées. Stagiaire à la coordination au sein d’une équipe de 11 stagiaires, j’ai eu la chance de travailler auprès de plus 90 activistes du monde entier. Tous se battent pour la progression des droits humains pour la reconnaissance des droits LGBTQI, contre la violence basée sur le genre, pour la protection des enfants et des réfugiés mais aussi pour les droits des personnes handicapées. 

Ma rencontre avec Alaa Al Daqqaq, défenseuse des droits des personnes handicapées jordanienne, a marqué le début de ma réflexion plus universitaire sur l’accessibilité et l’inclusion. Alaa souffre de paralysie cérébrale et travaille au sein du Higher Council for the Rights of Persons with Disabilities en Jordanie sur les questions d’autonomisation et de réadaptation. Elle est rapidement devenue une amie, bienveillante et pleine de joie de vivre. Un soir, elle m’a raconté son histoire. Elle a dû se battre toute sa vie pour montrer qu’elle était capable de poursuivre ses études et de trouver un bon emploi, non seulement à ses camarades mais à sa propre famille. Persévérance et travail l’ont mené à une vie indépendante, une fierté qu’elle revendique face aux stigmas autour du handicap dans le monde arabe. 

J’ai aussi discuté avec Imed Tarchi et Ibtihel Zoua, tous deux participants au PIFDH et membres de l’Organisation Tunisienne de Défense des Droits des Personnes Handicapées. Ils m’ont raconté les victoires du mouvement pour les droits des personnes handicapées lors du printemps arabe. Les progrès sont lents mais chaque victoire politique contribue à changer le regard sur le handicap.


Ma superviseuse lors du PIFDH, Marie-Pierre Arseneault, m’a glissé l’idée d’écrire mon mémoire de recherche sur les personnes en situation de handicap dans le monde arabe – un sujet très intéressant mais relativement inexploré. 

J’ai donc choisi d’étudier quatre pays : l’Algérie, la Tunisie, l’Iran et la Jordanie, au regard de trois thématiques, incluant une analyse sur l’impact de la Convention relative aux droits des personnes handicapées, adoptée en 2006 et ratifiée par 177 États, ce qui m’a permis d’approcher la thématique du handicap à partir de plusieurs perspectives. J’ai eu l’opportunité de m’entretenir avec quatre ancien-ne-s participant-e-s du PIFDH, dont Alaa. Leur approche était centrée sur le plaidoyer, la médiation auprès des élus mais aussi sur la volonté de faire changer le regard sur le handicap.

À ce propos, Arbi Chouikh, un de ces ancien-ne-s participant-e-s du PIFDH, déplorait la persistance « d’une image stéréotypée fondée sur l’apitoiement ». 

 

Une étude très intéressante datant de 2005 montrait que les Jordaniens sont ouverts à l’inclusion des personnes handicapées dans la société. Pourtant, quand il s’agit de soutenir un proche en situation de handicap ou tout simplement de regarder une personne handicapée dans les yeux, les réticences se font ressentir. Cependant, des progrès sont en cours. En Jordanie, l’organisation publique pour laquelle Alaa travaille promeut l’autonomie des personnes handicapées et vise même à faire disparaître les institutions résidentielles, pour que les personnes handicapées deviennent véritablement indépendantes. Si un tel projet venait à se réaliser, ce serait un grand pas sociétal, qui permettrait certainement de changer les mentalités. 

Ce travail m’a aussi permis d’appréhender l’intersectionnalité du handicap. Souvent, les lois nationales laissent de côté les réfugié-e-s qui sont souvent physiquement et mentalement affectés par la guerre. En Jordanie, 30% des réfugié-e-s ont des besoins de soins physiques ou intellectuels et 20% sont affectés par une déficience physique, sensorielle ou intellectuelle. Pourtant, aucun d’entre eux ne sont inclus dans les politiques publiques jordaniennes. Seules les ONGs présentes sur le terrain les aident au quotidien. Les femmes en situation de handicap sont aussi oubliées. Au Moyen-Orient, le handicap est beaucoup plus tabou chez les femmes que chez les hommes. Les femmes en situation de handicap ont moins de chances de se marier et elles sont souvent plus absentes de l’espace public. Elles subissent une double discrimination, souvent exclues du mouvement des personnes handicapées mais aussi des associations féministes.  

Le Moyen-Orient est une région traversée par de nombreux défis, démographiques et politiques, qui influencent grandement le mouvement des personnes handicapées. Je reste passionnée par la problématique du handicap et j’espère que les mouvements sociaux récents dans le Moyen-Orient mèneront à une plus grande autonomisation des personnes en situation de handicap. Chacun doit reconnaître sa responsabilité envers ce mouvement important, et travailler à changer les perceptions et à désapprendre la pitié réflexive afin de voir les personnes vivant avec un handicap comme ayant les mêmes droits que les personnes non handicapées.

Pour lire le mémoire de Manon au complet , cliquez ici

Par Manon Thépault, stagiaire au PIFDH 2018

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