Mobiliser la population pour assurer la transition démocratique au Burkina Faso

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CHRYSOGONE ZOUGMORÉ – Burkina Faso

 

Cette histoire fait partie de la série Nous sommes le changement en droits humains pour célébrer le 50e anniversaire d’Equitas (#Equitas50). Tout au long de l’année 2017, découvrez les histoires de 50 défenseur-e-s des droits humains. Ce ne sont là que quelques leaders parmi des centaines qui, avec l’appui d’Equitas, changent des vies à travers le monde par l’éducation aux droits humains.

 

Chrysogone Zougmoré est sensible aux droits humains et s’implique au sein de la société civile depuis sa jeunesse. Après avoir effectué des études de droit en France, Chrysogone est retourné au Burkina Faso où il a adhéré au Mouvement burkinabé des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) dès sa création en 1989.

La mise sur pied d’un tel mouvement est née du contexte particulier du Burkina Faso, « longtemps réputé pour ses coups d’État », selon Chrysogone. Le coup d’État de 1983 a vu la mise en place d’un régime autoritaire réprimant les droits fondamentaux et les libertés individuelles à travers notamment des arrestations et détentions arbitraires, ainsi que des exécutions sommaires et extrajudiciaires. Dirigé par le capitaine Thomas Sankara, ce régime privait entre autres la population burkinabé de sa liberté d’association et de manifestation.

Depuis 1989, date de la création du MBDHP, Chrysogone milite auprès des institutions nationales afin que les droits humains soient respectés et que les violations soient punies. Il offre aussi diverses formations pour inciter la population burkinabé à prendre conscience de ses droits et à les revendiquer.

Trois volets d’action en matière d’éducation aux droits humains sont ainsi privilégiés par Chrysogone et le MBDHP : promouvoir, protéger et dénoncer.

Il faut d’abord promouvoir les droits humains auprès des populations en ouvrant un dialogue social sur la définition du concept et les manières de défendre ses droits. Pour ce faire, Chrysogone organise des conférences et débats publics, en plus d’avoir œuvré, avec ses camarades, à la création de Radio Liberté, un outil important et efficace pour toute personne intéressée par les droits humains au Burkina Faso. Ensuite, il faut protéger les droits humains, par exemple en faisant du plaidoyer contre la peine de mort qui est encore en vigueur au Burkina Faso. Enfin, il faut dénoncer tout acte de violation des droits humains en empruntant les voies juridico-légales.

En tant que formateur expérimenté, Chrysogone cherche continuellement à peaufiner ses méthodes et outils pédagogiques, essentiels pour une mobilisation efficace de la population. Il a participé au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’Equitas à Montréal en 2005, 2006, 2007, 2008 et 2011 à titre de personne ressource. « Cela m’a permis d’apprendre beaucoup. Déjà au niveau de la démarche en matière de session de formation, c’est quelque chose qui était inédit à l’époque en 2005 ». La méthodologie participative d’Equitas lui a permis d’apprendre de l’expérience d’éducateurs aux droits humains venus de partout à travers le monde. « L’ensemble de cette expérience au Canada constitue quelque chose d’extraordinaire et de formidable ! »

Aujourd’hui, Chrysogone se réjouit de voir la population se mobiliser pour la justice et participer à la transition démocratique. « La population burkinabé a beaucoup muri. C’est une population consciente de ses droits. Nous avons été à l’origine de cette prise de conscience », dit-il avec fierté.

C’est d’ailleurs grâce à la mobilisation de la population qu’une tentative de coup d’État militaire, perpétré en septembre 2015, a échoué. Chrysogone et le MBDHP ont joué un rôle important pour assurer que la mobilisation demeure pacifique, en particulier dans plusieurs villes à l’extérieur de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso.

Malgré plusieurs avancées, les violations de droits humains persistent et le combat de Chrysogone pour la justice se poursuit. Il raconte à ce sujet une histoire qui l’a marqué, celle du journaliste Norbert Zongo, assassiné en 1998 avec trois de ses compagnons. Face au refus des institutions gouvernementales de faire la lumière sur ce crime abominable aux motivations jugées politiques, Chrysogone et le MBDHP ont porté l’affaire devant la Cour africaine des Droits de l’Homme, qui leur a finalement donné raison en 2015. Chrysogone et ses collègues poursuivent la lutte, afin que la lumière et la justice se fassent sur l’assassinat de Norbert Zongo et de ses compagnons.

D’autres problèmes persistent liés aux attitudes bien ancrées, sources de discriminations et d’inégalités, notamment la sous-représentation des femmes au sein des instances décisionnelles et l’accès à un enseignement de qualité et à l’université, qui demeure difficile pour beaucoup de jeunes. Chrysogone est tout de même confiant en l’avenir du pays, qui repose selon lui sur la jeunesse :

« Ce qui est encourageant, c’est que ces jeunes-là ne sont pas dépités. Ce sont des jeunes qui sont au courant de leurs droits, qui se battent et qui veulent vivre des conditions meilleures. La jeunesse burkinabé est extraordinaire, très engagée ».  

 


Chrysogone Zougmoré
Membre fondateur, Mouvement burkinabé des droits de l’homme et des peuples (MBDHP), Burkina Faso
Personne ressource au Programme international de formation aux droits humains d’Equitas, 2005, 2006, 2007, 2008, 2011. 


Histoire rédigée par Alex Chartrand, rédacteur stagiaire, Equitas.

 

 

Le Programme international de formation aux droits humains d’Equitas est en partie réalisé grâce au soutien financier du gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

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