Lutter contre le rétrécissement de l’espace pour les défenseurs des droits humains et les citoyens en Russie

Home » Blogue Equitas » Lutter contre le rétrécissement de l’espace pour les défenseurs des droits humains et les citoyens en Russie

ANTON BURKOV – Russie

 

Cette histoire fait partie de la série Nous sommes le changement en droits humains pour célébrer le 50e anniversaire d’Equitas (#Equitas50). Tout au long de l’année 2017, découvrez les histoires de 50 défenseur-e-s des droits humains. Ce ne sont là que quelques leaders parmi des centaines qui, avec l’appui d’Equitas, changent des vies à travers le monde par l’éducation aux droits humains.

 

L’avocat et l’éducateur Anton Burkov défend des citoyens ordinaires et des défenseurs des droits humains dont les droits ont été violés par le gouvernement russe.

Parmi ses clients, on retrouve entre autres les parents d’une jeune femme décédée après qu’on ait prélevé ses organes sans consentement; les épouses de prisonniers condamnés à perpétuité qui se voient refuser le droit à des visites conjugales et l’insémination artificielle pour concevoir des enfants; et des défenseurs des droits humains qui se voient refuser leurs droits à la liberté de réunion pacifique et à l’accès à un procès équitable.

Anton est le directeur juridique de Sutyajnik, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Ekaterinbourg en Russie centrale, où il est né. Sutyajnik protège les droits des citoyens et des organisations garantis par la Constitution russe et les traités internationaux en plaidant des cas d’intérêt public, en faisant de l’éducation aux droits humains, et en informant la population des mécanismes de protection des droits humains.

En plus de son travail avec Sutyajnik, Anton est professeur et président du Département de droit européen et comparé à l’Université des sciences humaines à Ekaterinbourg. Il enseigne la mise en œuvre de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les tribunaux russes et la Cour européenne des droits de l’homme. Il enseigne également à de nombreux séminaires et formations pour des avocats, des éducateurs aux droits humains, des étudiants en droit et des représentants d’ONG.

Ancien participant au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’Equitas en 2005, Anton attribue sa méthodologie d’enseignement du droit et la structure de ses formations à cette expérience.

« C’était très important, très révolutionnaire pour ma compréhension de la façon dont on peut enseigner et créer des programmes éducatifs », a déclaré Anton.

Il a également apprécié la camaraderie qui a émergé dans son petit groupe d’environ 16 participants, et l’environnement d’apprentissage positif dans lequel ils pouvaient s’ouvrir et essayer de nouvelles choses sans gêne. Après avoir complété la formation, il a souvent communiqué par courriel avec l’animatrice du groupe, Sarah Chandler, afin de lui demander conseil alors qu’il était de retour à l’enseignement. Ils continuent d’ailleurs d’échanger sur Facebook.

L’expérience d’Anton au PIFDH d’Equitas a également inspiré la création en 2011 d’une initiative appelée le Programme international des droits humains de l’Oural, qui organise deux fois par an des formations interactives intensives d’une semaine pour les avocats et les défenseurs des droits humains. Le programme en était déjà à sa huitième édition en 2016, avec la collaboration d’une dizaine d’ONG nationales et internationales.

Maintenant un leader des droits humains connu dans le monde entier, Anton a commencé dans ce domaine par hasard.

Alors qu’il était encore aux études, il souhaitait acquérir de l’expérience en pratiquant le droit, mais n’a malheureusement pas eu d’occasion de trouver un emploi. Puis il a entendu parler d’une entreprise qui embauchait et s’est présenté à une entrevue, ne sachant pas qu’il s’agissait en fait d’une ONG. Anton avait entendu des histoires négatives sur les ONG dans les médias russes.

« Il s’est avéré que ces histoires étaient fausses », a-t-il dit. L’ONG avec laquelle il a fait son entrevue était Sutyajnik, pour laquelle il travaille depuis 1998. Après avoir obtenu son diplôme de l’école de droit, Anton a poursuivi ses études en Russie. Il a ensuite étudié en Angleterre, où il a effectué une maîtrise en droit avec spécialisation en droit international relatif aux droits humains à l’Université d’Essex et un doctorat en droit à l’Université de Cambridge.

Le climat politique actuel en Russie rend difficiles les activités de certaines ONG, affirme Anton. La législation russe impose maintenant à toutes les ONG qui reçoivent un financement étranger de s’inscrire en tant qu’« agents étrangers » et leur impose de lourdes amendes. La charge financière conduit d’ailleurs plusieurs d’entre elles à la faillite. « Un certain nombre d’affaires judiciaires contestent ce système de persécution », a-t-il déclaré.

En 2015, le ministère russe de la Justice a déclaré Sutyajnik comme étant un « agent étranger » car, entre autres choses, Anton a pris la parole lors d’événements dans deux universités américaines l’année précédente. L’ONG a été condamnée à une amende de 11 000 $ et elle a dû lancer une campagne de collecte de fonds pour la payer.

Pour Sutyajnik, comme pour beaucoup d’autres ONG russes, « l’objectif est de survivre », confie Anton. « Je suppose que cela va pour tous les défenseurs des droits humains aujourd’hui. Il est difficile de rester en vie, de continuer à fonctionner. » 

Son but personnel, a-t-il dit, est de « continuer autant que possible à enseigner à la prochaine génération à tourner la page et à mettre en pratique ces principes que vous développez pour appliquer la loi ».

Ce qu’Anton trouve particulièrement gratifiant dans le travail de défense des droits humains en Russie est l’occasion de réformer le droit et de changer la pratique juridique.

« Dans notre travail, on doit toujours faire preuve de créativité. C’est toujours différent », dit-il. « Les gens vous sont très reconnaissants. Nous soutenons beaucoup de gens qui ne pourraient jamais se permettre un avocat et qui souvent ne vous connaissent même pas. Vous sentez que vous pouvez faire une différence. » 

 


ANTON BURKOV – Russie
Directeur juridique de Sutyajnik
Professeur et président du Département de droit européen et comparé, Université des sciences humaines, Russie
Participant au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’Equitas, 2005


Histoire rédigée par Serenah McKay 

 

 

Le Programme international de formation aux droits humains d’Equitas est en partie réalisé grâce au soutien financier du gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

Avez-vous aimé cette histoire? Appuyez-nous! Même les plus petits dons peuvent aider Equitas à remplir sa mission.

Font size - Taille de la police
Contrast - Contraste