Documenter les violations des droits humains en Colombie

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ADRIANA CORREA – Colombie

 

Cette histoire fait partie de la série Nous sommes le changement en droits humains pour célébrer le 50e anniversaire d’Equitas (#Equitas50). Tout au long de l’année 2017, découvrez les histoires de 50 défenseur-e-s des droits humains. Ce ne sont là que quelques leaders parmi des centaines qui, avec l’appui d’Equitas, changent des vies à travers le monde par l’éducation aux droits humains.

 

 

Adriana Correa est née dans un conflit. En Colombie, son pays natal, un conflit armé perdurait depuis 52 ans avec plus de 220 000 morts ‒ parmi lesquels 81 pour cent sont des civils, selon ¡Basta ya! du Centro Nacional de Memoria Historica, le Centre national de mémoire historique, ou CNMH, où Adriana travaille en tant que coordonnatrice des communications. 

Bien que Bogotá, la capitale, où Adriana a vécu la plupart de ses 32 ans, ait été épargnée de la violence, à d’autres endroits, les citoyens pleurent le meurtre de plusieurs membres de leurs familles, et les femmes continuent à chercher leurs enfants disparus. Près de 8 millions de personnes ont été déplacées. Selon Adriana, ce qui a commencé comme un conflit de guérilla des paysans qui s’opposaient au gouvernement a mené à des opérations paramilitaires contre la guérilla. Éventuellement, les deux parties semblent avoir été corrompues par les cartels de la drogue et d’autres activités illégales. Entre 1995 et 2003, la violence a grimpé, et on estime à plusieurs milliers le nombre de civils assassinés, principalement par les forces paramilitaires. 

En 2005, un cadre juridique, connu comme étant la Loi sur la Justice et la Paix, a été créé. Il offre une voie légale à la démilitarisation et à la justice et aux réparations pour les victimes. Parmi les mécanismes figurait la création du CNMH. 

Élevée par un père dont le diplôme en droit l’a sensibilisé aux questions des droits humains, Adriana a grandi en réagissant à la prise de conscience de son père envers les besoins des pauvres et des vulnérables. Elle a étudié en communication, puis a obtenu un diplôme de maîtrise en philosophie, ce qui l’a amené à passer six mois à Aguachica, une ville dans une région fortement occupée par les groupes paramilitaires. « J’étudiais la philosophie, l’éthique et les droits humains, mais voir la réalité a été choquant et accablant et a renforcé mon désir de travailler pour ceux qui n’étaient pas si chanceux d’être nés à Bogotá », dit-elle. 

Le CNMH s’occupe principalement de recueillir des témoignages de graves violations des droits humains de la part de victimes du conflit. La finalité est d’offrir la vérité en tant que réparation à la fois aux victimes et à la société dans son ensemble. Puisque la plupart des victimes étaient considérées comme étant des populations vulnérables, sans accès à l’éducation, elles ne savaient souvent pas comment revendiquer leurs droits, note Adriana. Elle ajoute que cette collecte de témoignages et de recherches aidera également à comprendre les origines du conflit et ses conséquences. Ces documents, ainsi que des informations du gouvernement, des organisations communautaires, des personnes démobilisées et des médias, seront déposés dans une archive des droits humains créée par le centre, qui planifie également le lancement d’un musée qui se concentrera sur le conflit ainsi que ses effets. 

En 2012, Adriana a participé au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’Equitas. En 2015, elle a agi à titre de co-animatrice au même programme. Cette formation aux droits humains s’est ajoutée à son bagage en communications et en philosophie et le modèle participatif qu’elle a appris à Equitas a changé sa façon d’entrer en relation avec les autres lors de formations sur les droits humains. Auparavant, en tant que membre d’une organisation internationale puis fonctionnaire, elle utilisait un modèle « expert ». « Nous ne commencions pas par les expériences des gens et nous ne nous adaptions pas à ce dont ils avaient besoin. » Ils enseignaient plutôt ce que certains experts pensaient qu’ils avaient besoin.

« Aujourd’hui, nous commençons par les gens, par la façon dont ils veulent que leurs histoires soient racontées ‒ non pas par ce que nous voulons qu’ils disent, ni ce que le gouvernement souhaite entendre. »  

Une grande partie du travail d’Adriana consiste à faire des documentaires, des courts métrages, des émissions de radio et même des bandes dessinées, ayant tous pour but de raconter les histoires des individus et des communautés affectées et cherchant à mettre en valeur leurs expériences à travers les médias traditionnels, numériques et sociaux. Ceux-ci sont distribués localement, et parfois aussi à l’échelle internationale. Puisque les conflits se situaient à l’extérieur des grandes villes, informer les gens à Bogotá et ailleurs contribue à unifier la nation. 

Elle est en mesure de constater les retombées de son travail lorsque des médias communiquent avec le centre concernant des questions liées au conflit, et lorsque des gens affluent aux événements organisés par le CNMH et que le nombre de partisans de leurs médias sociaux grimpe. 

Bien que la Colombie ait ratifié l’accord de paix avec la guérilla des FARC, texte qui prévoit leur désarmement et leur transformation en parti politique, la situation demeure fragile et complexe, comme l’a montré le plébiscite national en octobre 2016. « Les victimes avec lesquelles nous travaillons préféraient s’entendre avec les FARC, même s’ils sont imparfaits, pour arrêter le conflit armé. Le mouvement du non ne voulait pas que les guérillas participent au milieu décisionnel et politique. Le mouvement du oui préférait, quant à lui, se battre avec des mots. », affirme Adriana. 


ADRIANA CORREA – Colombie

Coordonnatrice des communications, Centro Nacional de Memoria Historica / Centre national de mémoire historique, Colombie
Ancienne participante au Programme international de formation aux droits humains d’Equitas, 2012; Co-animatrice du PIFDH, 2015 


Histoire rédigée par Donna GoldPersonal Historywww.personalhistory.org

 

Le Programme international de formation aux droits humains d’Equitas est en partie réalisé grâce au soutien financier du gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

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