Concevoir une formation positive pour la citoyenneté et la participation des jeunes en Égypte

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SALLY SALEM – Égypte

 

Cette histoire fait partie de la série Nous sommes le changement en droits humains pour célébrer le 50e anniversaire d’Equitas (#Equitas50). Tout au long de l’année 2017, découvrez les histoires de 50 défenseur-e-s des droits humains. Ce ne sont là que quelques leaders parmi des centaines qui, avec l’appui d’Equitas, changent des vies à travers le monde par l’éducation aux droits humains.

 

À 22 ans, Sally Salem semblait prendre la voie prédéterminée pour de nombreuses femmes au Caire, en Égypte. En 1999, alors qu’elle venait tout juste de recevoir son diplôme en littérature anglaise, elle a obtenu un emploi stable dans une entreprise locale grâce au réseau familial.  

Mais Sally était tourmentée. Elle ne pouvait s’empêcher de remettre en question les inégalités sociales et la discrimination qu’elle observait. Aujourd’hui, Sally travaille au changement en habilitant la prochaine génération à développer sa pensée critique et son esprit analytique par l’éducation aux droits humains. 

Elle s’interrogeait depuis longtemps sur la raison pour laquelle sa mère portait à elle seule la responsabilité d’élever les enfants et d’effectuer les tâches ménagères en plus de son emploi à temps plein. Ou pourquoi les gens — surtout les jeunes — ne faisaient pas entendre leur voix (et parfois ne voulaient pas en avoir une) sur les enjeux qui affectaient leur vie. Ou encore pourquoi les inégalités en matière d’accès à l’éducation augmentaient. 

Sally voulait changer les attitudes et comportements sociaux. Elle et une amie ont donc été voir le centre communautaire local, géré par le ministère de la Jeunesse et des Sports, et ont proposé d’offrir des activités destinées aux jeunes défavorisés qui s’y rassemblaient régulièrement en après-midi. Elles ont alors développé divers types de jeux, des cours en informatique, des activités de réflexion critique et de cinéma documentaire. La persévérance, la patience, le dévouement et le dialogue ont progressivement ouvert des portes à Sally et à son amie, malgré une certaine méfiance des employés du centre. Au cours des années suivantes, Sally a recruté plusieurs jeunes collaborateurs, attirés par la possibilité de participer à des programmes d’échanges internationaux. 

 Rencontrer un réseau international

Les activités de Sally lui ont un jour permis de saisir une opportunité de formation à l’étranger : en 2004, Equitas lui a accordé une bourse pour participer au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’une durée de trois semaines à Montréal, au Canada. Le programme a contribué à développer ses compétences, à élargir son réseau et à acquérir la confiance nécessaire pour quitter la stabilité de son emploi et se dévouer entièrement au rôle d’animatrice en éducation aux droits humains. « J’étais jeune et j’avais moins d’expérience que la plupart des gens qui étaient là », avoue-t-elle. Elle ne savait pas, par exemple, que grâce à ses activités dans les centres communautaires, elle construisait ce qu’on appelle « une participation et une citoyenneté actives ». 

Au PIFDH, Sally a rencontré des éducateurs et des défenseurs des droits humains de partout dans le monde, dont plusieurs provenaient du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.

« C’était très enrichissant, car on est en mesure de constater qu’on n’est pas seul au monde », dit-elle.

« Il n’y a pas tant de personnes qui font ce type de travail et il faut avoir beaucoup de résilience pour le faire, car vous allez à l’encontre de la plupart des normes de la société ». Avec un tel réseau de soutien, « les participants quittent le PIFDH en sentant qu’ils peuvent accomplir des choses incroyables ». 

 Le programme permet aux participants de développer les compétences essentielles pour faire de l’éducation aux droits humains — ce qui est différent de « l’enseignement ». L’éducation aux droits humains consiste à encourager tout le monde — même les formateurs — à constamment évaluer et remettre en question leurs notions et croyances. « Ce n’est pas comme si en un clin d’œil vous étiez soudainement convaincu des droits des femmes à faire x, y, z, par exemple » ou que vos actions ou vos réactions sont toujours conformes à vos croyances, dit-elle. 

Après avoir complété le PIFDH à Montréal, au Canada, Sally est retournée au Caire et a expliqué l’approche fondée sur les droits humains à plusieurs collègues. Ils ont ensuite conçu un manuel pour un programme sur la participation et la citoyenneté actives des jeunes et ont organisé un atelier de formation sur le sujet en Égypte avec des participants de plusieurs pays d’Europe et du Moyen-Orient. 

Sally préfère ne pas être sous les projecteurs, en donnant plutôt aux autres les outils pour faciliter le changement. « Je ne suis pas le genre de personne qui va diriger une manifestation, je fais plutôt de l’éducation et un travail de fond. Les participants sont ensuite libres d’agir ou non et d’amener plus loin les idées dont nous avons discuté s’ils le souhaitent. Je ne les pousse pas à le faire ». 

En tant qu’éducatrice aux droits humains, son travail se concentre sur des questions allant des rôles des hommes et des femmes au leadership des jeunes, en passant par le bénévolat au niveau local et mondial. Elle collabore avec d’autres éducateurs à l’échelle nationale et internationale, dont plusieurs rencontrés grâce à Equitas. À titre d’exemple, suite à son retour du Canada, elle a appuyé une collègue d’Equitas et un collègue en Égypte dans la coordination d’un programme de formation en éducation aux droits humains pour une organisation non gouvernementale, le Programme arabe pour les défenseurs des droits humains. 

Sally compte souvent sur ses collègues à Equitas pour lui offrir un soutien moral lorsque l’optimisme n’est plus au rendez-vous. Ils partagent des idées et discutent des défis à relever.

« Il est plus facile pour des gens comme moi de survivre lorsqu’on sent que l’on fait partie de quelque chose de plus grand ». 

Elle ajoute, concernant son expérience à Montréal : « Lorsque vous avez l’occasion de rencontrer des gens qui ont déjà été en prison, de rencontrer des gens qui ont été torturés ou déplacés, ce n’est plus seulement votre histoire ou l’histoire du pays où vous êtes, cela devient l’histoire de l’humanité ». 


Animatrice en droits humains, Égypte
Participante au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’Equitas, 2004; Co-animatrice (2006) et animatrice du PIFDH (2015) 


Histoire rédigée par Christina L. Lyons, ByLyons LLC. www.bylyons.com  

 

Le Programme international de formation aux droits humains d’Equitas est en partie réalisé grâce au soutien financier du gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

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