Favoriser l’émancipation des femmes de minorités sexuelles au Nigéria

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AKUDO OGUAGHAMBA – Nigéria

 

Cette histoire fait partie de la série Nous sommes le changement en droits humains pour célébrer le 50ième anniversaire d’Equitas. Tout au long de l’année 2017, découvrez les histoires de 50 défenseur-e-s des droits humains. Ce ne sont là que quelques leaders parmi des centaines qui, avec l’appui d’Equitas, changent des vies à travers le monde par l’éducation aux droits humains.

 

 

Audacieux. Voilà le mot qui décrit le mieux un plan visant à éduquer les femmes des minorités sexuelles sur leurs droits humains dans un pays où les droits des femmes sont rarement protégés légalement — malgré le fait qu’ils fassent partie de la constitution — et où les relations homosexuelles et la mobilisation pour la défense des droits des personnes LGBTQI (lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queer et intersexuées) sont considérées comme des actes criminels.

Mais Akudo Oguaghamba sait que lorsque les femmes se rassemblent et apprennent les unes des autres, elles sont plus fortes et prennent conscience de ce qu’elles peuvent accomplir en revendiquant leurs droits. « Voilà ce qui m’anime et me pousse à agir », dit-elle.

Akudo est la fondatrice et la directrice générale de Women’s Health and Equal Rights Initiative, (WHER) à Abuja, capitale du Nigéria. L’organisme à but non lucratif utilise le plaidoyer, l’éducation et l’autonomisation pour promouvoir le bien-être et protéger les droits des femmes de minorités sexuelles.

Il ne s’agit pas d’un travail facile. La culture nigériane traditionnelle accorde peu de place aux femmes et les lois censées interdire la violence et la discrimination à l’égard des femmes ne connaissent pas les résultats escomptés. L’ignorance des droits humains est répandue. Nombreux sont ceux qui considèrent que les personnes LGBTQI ne devraient pas avoir de droits.

Akudo a parfois pensé tout arrêter, mais le fait d’entendre ici et là des personnes dont la vie a changé après avoir découvert l’existence de WHER l’encourage à persévérer.

Ce n’est qu’après l’arrivée d’Akudo à Abuja en 2007 que, pour la première fois de sa vie, elle a pu s’entretenir avec d’autres femmes s’identifiant comme faisant partie des minorités sexuelles. Elle les a rencontrées par l’entremise d’un groupe d’hommes impliqués dans l’éducation et le plaidoyer en matière de VIH / sida. À l’époque, les femmes LGBTQI avaient peu de liens les unes avec les autres.

Akudo et ses nouvelles amies se sont rendu compte qu’elles avaient des défis communs et se sont dit que d’autres femmes devaient également partager leurs préoccupations. Cela les a amenées à s’interroger s’il y avait un intérêt de la part des femmes LGBTQI à se réunir, ne serait-ce que pour socialiser et partager leurs histoires et expériences en tant que membres d’une minorité persécutée.

Elles ont alors organisé un pique-nique informel et ont diffusé l’invitation, en estimant à quelques dizaines le nombre de femmes qui se présenteraient. Au lieu de cela, d’innombrables personnes se sont déplacées pour l’occasion, dont plusieurs avaient voyagé pendant des heures en provenance d’autres villes. Cela a démontré à Akudo que le désir de se rassembler était grand.

 

 

Avec le soutien du fonds international pour les femmes Mama Cash, le WHER a été enregistré comme organisme à but non lucratif en 2011 et a obtenu des bureaux où étaient offerts des ateliers sur la santé des femmes, l’orientation sexuelle, les perspectives religieuses sur les minorités sexuelles et les droits humains. Une plateforme virtuelle confidentielle a aussi été créée comme moyen de sensibilisation et de partage des histoires et des expériences personnelles.

Akudo et ses amies ont pris part à cette aventure sans avoir de réelle expérience en organisation de mouvement social. «Nous ne savions pas ce que nous faisions, nous l’avons fait tout simplement ».

Cela a changé en 2015, lorsqu’Akudo a participé au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’Equitas, à Montréal, au Canada. Une telle expérience a eu un effet important sur la façon dont elle perçoit son travail et sur l’avenir de son organisation.

Comme pour plusieurs participants du PIFDH, ce qu’elle retient le plus du programme, c’est son approche participative en matière d’éducation. Les principes d’apprentissage et de respect mutuels et d’autonomisation des communautés en vue d’un changement social sont à la base du projet de formation aux droits humains que le WHER développe actuellement.

Au cours des activités passées du WHER, Akudo a pu remarquer que peu de femmes nigérianes rapportaient des violations des droits humains, même si elles se produisent quotidiennement. Ce nouveau projet vise non seulement à éduquer les femmes sur leurs droits, mais aussi à les aider à identifier les violations, à les encourager à les signaler et à leur fournir un soutien psychosocial.

Bien que le WHER serve principalement les femmes de minorités sexuelles, le fait d’habiliter les participants à revendiquer leurs droits sera bénéfique à l’ensemble des femmes du Nigéria.

Grâce à des financements récents d’ONG internationales, le WHER pourra embaucher du personnel, mais la plupart des activités sont et continueront d’être effectuées par des bénévoles. Akudo est elle-même bénévole à temps plein, en plus de détenir un emploi et d’effectuer des études de maîtrise en gestion de projet.

Les gens qui contribuent au changement social l’inspirent et la motivent à poursuivre son travail.

« Ce qu’il y a de plus beau dans tout cela, ce sont les gens qui veulent donner à la communauté. C’est comme si je devais le faire non pour moi, mais bien pour la communauté. Je dois le faire d’une façon ou d’une autre ».

Akudo Oguaghamba est passionnée par son travail et déterminée à changer les choses. Cette jeune femme en début trentaine, exubérante, intelligente et empreinte de compassion, a fait des progrès extraordinaires en quelques années. Et ce n’est que le début. Audacieuse? En effet.

 


AKUDO OGUAGHAMBA – Nigéria
Directrice générale, Women’s Health and Equal Rights Initiative, Nigéria
Participante au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’Equitas, 2015


– Histoire rédigée par Pattie Whitehouse, Personal History Service, www.pattiewhitehouse.ca

 

 

Le Programme international de formation aux droits humains d’Equitas est en partie réalisé grâce au soutien financier du gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

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