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Transformer la justice : l’éducation aux droits humains au service des femmes et des filles

Les femmes et les filles continuent de faire face à des obstacles importants et persistants dans l’accès à la justice, partout dans le monde. En marge de la 70e session de la Commission de la condition de la femme (CSW70), tenue au siège des Nations Unies du 9 au 19 mars, Equitas et la Fondation Paul Gérin-Lajoie ont coorganisé un panel de discussion sur une question essentielle : quel rôle joue l’éducation aux droits humains dans l’accès des femmes et des filles à la justice?

Réunissant des défenseuses.seurs des droits humains issu.e.s d’organisations de la société civile africaine, cette discussion a permis de croiser les expériences concrètes de trois organisations partenaires d’Equitas et d’une organisation de la société civile en RDC, partenaire de la Fondation Paul Gérin-Lajoie :

À travers leurs pratiques, les panélistes ont mis en lumière les défis persistants, mais aussi les stratégies porteuses pour faire de la justice un espace réellement accessible, inclusif et équitable pour toutes les femmes et les filles.

Au cœur des échanges, un constat s’impose : l’éducation aux droits humains est un levier essentiel pour prévenir les violations, renforcer le pouvoir d’agir des personnes et transformer les systèmes. Voici les principaux enseignements qui se dégagent de cette discussion.

CE QUE NOUS RETENONS

Le système de justice idéal est inclusif, accessible et équitable. Pour y arriver, nous devons :

  • Éliminer les barrières pour les femmes et les filles
  • Rendre les femmes visibles ainsi que leurs enjeux
  • Intégrer des approches de genre, y compris une analyse genre intersectionnelle
  • Inclure les femmes dans la conception du système de justice
  • Écouter les femmes et les filles dans toute leur diversité
  • Prendre en compte et s’attaquer aux dynamiques de pouvoir
  • S’aligner sur les valeurs d’égalité et de non-discrimination pour toutes les femmes et les filles (sans laisser les plus marginalisées en dehors du système de justice)
  • Protéger la dignité des survivantes tout au long des processus, ne pas nuire et assurer la confidentialité

Les barrières aux droits des femmes et à l’accès à la justice auxquelles nous faisons face :

  • Des normes culturelles qui discriminent les femmes et les filles, renforcent la victimisation, génèrent de la peur et créent une culture du silence où les femmes sont invisibilisées et subissent des préjudices
  • Manque ou insuffisance de compétences des autorités responsables de garantir l’accès des femmes et des filles à la justice, ainsi que des leaders religieux et communautaires (méconnaissance des ressources, des mécanismes et de leur rôle)
  • Manque de budget pour mettre en œuvre les mécanismes existants afin de rendre la justice accessible aux femmes et aux filles

Les stratégies à adopter pour surmonter les barrières :

  • Mener des activités de sensibilisation juridique sur les systèmes, les processus, les différentes voies et ressources
  • Améliorer l’accès en rapprochant les communautés au système de justice (par exemple, cliniques juridiques mobiles et boutiques des droits humains)
  • Travailler avec les différents acteurs du système de justice (avocat·e·s, police, juges, leaders religieux et communautaires) et renforcer leur redevabilité envers les femmes et les filles
  • Adopter une approche centrée sur les survivantes : recentrer les processus sur leur bien-être plutôt que sur les auteurs, tout en renforçant les capacités des acteurs à intégrer cette approche
  • Déconstruire les biais de genre dans les systèmes de justice avec les différents acteurs, y compris les institutions
  • Assurer le suivi de la mise en œuvre des décisions judiciaires pour garantir l’efficacité du système et réduire l’impunité
  • Adapter les supports pour les rendre accessibles aux communautés, notamment en tenant compte de l’analphabétisme (langues locales, adaptation des concepts, identification des besoins)
  • Mesurer l’impact de l’éducation aux droits humains sur l’égalité de genre afin de plaider pour son financement dans un contexte de réductions budgétaires

L’éducation aux droits humains permet de :

  • Connaître ses droits, de savoir quoi faire, et de renforcer l’estime de soi et le courage d’agir
  • Renforcer le pouvoir d’agir (individuel et collectif), la solidarité et la résilience
  • Exiger la redevabilité des détentrice.eur.s d’obligations (tout en renforçant leurs capacités et leur compréhension de leurs responsabilités)
  • Remettre en question les dynamiques de pouvoir

Les hommes comme partie intégrante de la solution :

  • Importance d’intégrer les hommes dès le début pour déconstruire les stéréotypes de genre, notamment auprès des jeunes garçons
  • Encourager les hommes et les garçons à devenir des agents de changement pour transformer les normes de genre néfastes
  • Importance de proposer des modèles diversifiés pour transformer les rôles de genre dans la société et les familles, vers des relations et des masculinités plus égalitaires
  • Engager des discussions sur ce que signifie être un allié : ne pas monopoliser le temps de parole ou les espaces pour les droits des femmes, plutôt adopter un rôle de soutien

Ce qui nous donne de l’espoir pour continuer à travailler sur les droits des femmes et l’accès à la justice :

  • Témoigner de la prise de conscience des femmes concernant leurs droits et de leur capacité à s’exprimer et à les revendiquer
  • Observer l’impact du travail en droits humains dans la transformation des comportements discriminatoires, la remise en question des dynamiques de pouvoir et le démantèlement des systèmes oppressifs
  • La résilience est nourrie par la collaboration et la solidarité, brisant l’isolement et rassemblant les personnes pour continuer à lutter (ex. initiatives régionales, espaces collectifs)
  • Historiquement, le travail à fort impact de la société civile montre que le changement est possible, nous devons croire en nous et dans les mouvements des droits humains. Nous ne nous arrêterons pas ! Les graines semées aujourd’hui deviennent une forêt
  • Les espaces collectifs d’apprentissage et de soutien renforcent le travail en droits humains et en égalité de genre
  • Servir une cause plus grande que nous : un véritable appel à l’action

Les échanges de ce panel montrent que l’accès à la justice pour les femmes et les filles passe par une transformation des normes, des institutions et des rapports de pouvoir, où l’éducation aux droits humains joue un rôle central. En renforçant les connaissances, le pouvoir d’agir et la solidarité, elle permet de contester les inégalités et de faire évoluer les systèmes.

Malgré les défis, les expériences partagées témoignent d’un changement bien réel, porté par des femmes qui s’organisent, prennent la parole et revendiquent leurs droits. Soutenir ces dynamiques est essentiel pour bâtir des sociétés plus justes, où la justice est réellement accessible à toutes les personnes.