Mettre fin au mariage précoce et forcé des enfants au Yémen

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SAFA RAWIAH — Yémen

 

Cette histoire fait partie de la série Nous sommes le changement en droits humains pour célébrer le 50e anniversaire d’Equitas (#Equitas50). Tout au long de l’année 2017, découvrez les histoires de 50 défenseur-e-s des droits humains. Ce ne sont là que quelques leaders parmi des centaines qui, avec l’appui d’Equitas, changent des vies à travers le monde par l’éducation aux droits humains.

Safa Abdulkarem Rawiah mérite amplement les qualificatifs de « pionnière » et d’« avant-gardiste » — sans oublier celui de « leader ». Pourquoi? Car elle se démène pour l’émancipation des femmes dans un pays patriarcal où elles sont confrontées à de nombreux défis et sont souvent forcées à se marier trop tôt.

Safa est la directrice générale de la Youth Leadership Development Foundation (YLDF) au Yémen. Elle est responsable de projets et d’équipes qui œuvrent à l’engagement des jeunes, à la défense des droits humains et, surtout, à l’autonomisation des femmes. « Dans les programmes de la YLDF, nous travaillons sur les questions de violence sexospécifique avec un intérêt particulier pour le mariage précoce, et nous le faisons en élaborant des approches éducatives et économiques pour aider les femmes victimes de violence. Une mission qui découragerait plusieurs autres leaders au Yémen. »

Mais Safa, âgée de 35 ans, en est arrivée là en étant exposée à un très jeune âge à une autre manière de concevoir le rôle des femmes. Elle a été élevée à Sanaa, capitale du Yémen, par des parents — sa mère en particulier — qui étaient très conscients des conséquences de certaines des pratiques traditionnelles du pays. Ses parents ont tout fait pour élever leur fille de manière à ce qu’elle puisse choisir sa propre voie, plutôt que de mener une vie déterminée par la tradition.

Safa effectue actuellement une maîtrise au Gender & Development Research Center de l’Université de Sana’a. Elle a été consultante pour de nombreux projets de développement au Yémen, évaluant régulièrement des programmes sur l’autonomisation des femmes yéménites. Pendant trois ans, elle a aussi travaillé à la Banque mondiale en tant qu’assistante de programme en gestion financière et en développement rural.

En bref, Safa Rawiah est loin d’être nouvelle dans la lutte pour les droits humains.

« En tant que femme, j’étais particulièrement touchée par les défis que doivent relever les femmes face aux traditions sociales », dit-elle. « Et l’un de ces défis est le mariage précoce, dont plusieurs membres de ma propre famille ont été victimes, y compris ma mère. J’ai donc entendu parler de ces questions très tôt dans ma vie ».

De nombreuses organisations de développement travaillent aujourd’hui pour mettre un terme à cette pratique, mais avec peu de résultats concrets jusqu’à présent. Malgré la quasi-absence d’informations sur la prévalence du mariage des enfants au Yémen, l’UNICEF estime que 32 % des filles sont mariées avant l’âge de 18 ans. « Le problème est que le mariage précoce, alimenté par la tradition patriarcale et la pauvreté, est souvent justifié comme étant une solution pour les familles, privant ces jeunes filles de leur droit à la vie et au choix. Et il y a une absence de volonté politique pour changer un tel système », affirme Safa.

Mais y a-t-il un moyen de le changer malgré tout?

Safa le croit, mais dit que cela sera « très difficile » et qu’il faudra du temps. « À la YLDF, nous concevons des activités qui sensibilisent et encouragent l’éducation des filles et qui décrivent quelques-unes des conséquences négatives du mariage précoce. Nous le faisons par le biais de brochures, de courts métrages, d’émissions radiophoniques et d’activités dans les écoles. Nous encourageons également les filles se trouvant déjà en situation de mariage précoce à retourner à l’école ou à créer leur propre entreprise lorsque le retour scolaire n’est pas envisageable ».

En 2014, la YLDF a reçu le Prix pour l’éducation aux droits humains d’Equitas pour son travail exceptionnel effectué auprès des jeunes afin de les mobiliser et de les inciter à s’impliquer dans leurs communautés en vue d’un changement social. Certains membres du personnel de la YLDF et partenaires ont également participé au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’Equitas à Montréal, au Canada.

« Avec l’appui des membres de la YLDF ayant participé au PIFDH, nous avons passé en revue le contenu et les activités de formation d’Equitas afin de les adapter au contexte local », dit-elle. « Nous aimons dire que la YLDF a en quelque sorte « yéménisé » le modèle de formation aux droits humains imaginé par Equitas au Canada! Ce que cela signifie, c’est que nous travaillons d’abord à l’échelle individuelle afin d’améliorer la compréhension des jeunes en matière de droits humains. Puis, nous œuvrons au niveau organisationnel en partageant notre expérience avec d’autres ONG locales et en les appuyant dans l’adoption de cette version ‘yéménisée’ au sein de leurs communautés ».

Selon Safa, il est clair que l’organisation connaît un succès comme l’ont démontré les deux dernières années en abordant les droits des enfants et le mariage précoce et forcé par le biais du projet Mosharka d’Equitas.

« Dans l’un de nos projets, nous avons réussi à convaincre les pères de signer un engagement permettant à leurs filles de poursuivre leurs études. Nous ne savons pas combien d’entre eux respecteront leur engagement, mais nous considérons ce geste comme étant tout de même un pas dans la bonne direction ».

La YLDF a également rassemblé divers acteurs autour de la table de discussion — y compris le ministère de l’Éducation, les conseils gouvernementaux locaux, les groupes des jeunes et de plus grandes organisations comme l’UNICEF, Shaima et Equitas — pour identifier les filles à risque de quitter l’école afin de les encourager à poursuivre leurs études.

Safa est fière des leçons qu’elle et son groupe ont pu tirer au fil des ans, y compris l’importance de sensibiliser les communautés locales aux effets des traditions culturelles traitant les filles différemment des garçons, sans oublier l’importance d’inclure les jeunes hommes dans ces activités de sensibilisation.

« Nous allons continuer à sensibiliser les communautés et tenter de convaincre les décideurs d’élaborer des politiques qui changent l’âge minimum du mariage à 18 ans. Nous allons réduire le nombre de victimes de mariage précoce ».

 


SAFA RAWIAH — Yémen
Directrice générale, Youth Leadership Development Foundation (YLDF)
Partenaire, Projet Mosharka, 2013-2016

Récipiendaire (YLDF) du Prix pour l’éducation aux droits humains d’Equitas, 2014


Histoire rédigée par Francie King, HistoryKeep, www.historykeep.com
Directrice de l’adhésion des membres de l’Association of Personal Historians

 

 

Le Programme international de formation aux droits humains d’Equitas est en partie réalisé grâce au soutien financier du gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

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