Junior Smith Charles milite pour le futur des personnes LGBTI en Haïti avec Kouraj Pou Pwoteje Dwa Moun

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En tant que femme transgenre vivant ouvertement son identité sexuelle en Haïti, Junior Smith Charles, mène un combat difficile pour le respect des droits des personnes LGBTI dans son pays. Malgré sa confiance en soi et la fierté qu’elle porte envers son identité sexuelle, la lutte pour ce mouvement s’est avérée difficile et lente au cours des dernières années, alors que les personnes de la communauté LGBTI font encore face à des violences et des agressions constantes. 

« La situation des personne LGBTI en Haïti est critique par rapport aux divergences d’opinion et la façon dont les gens pensent. Par manque de connaissance, par ignorance de ce que c’est réellement l’orientation sexuelle, les gens réagissent parfois très mal. On a donc pas mal de cas enregistrés de victimes d’agressions physiques et verbales, de violences psychologiques, de viols. Être LGBTI en Haïti, c’est comme faire quelque chose qui contredit la Bible. On dit souvent qu’en Haïti, une personne qui fait partie de cette communauté est une personne maudite, une personne qui est très marginalisée, et qui est vue comme ayant fait un péché mortel. »

Ayant elle-même été victime d’agressions qui l’ont poussée à se déplacer dans le pays, Junior est déterminée à contribuer à l’évolution de son organisation, Kouraj Pou Pwoteje Dwa Moun, et à la protection d’une communauté qui lui tient tant à coeur. En dehors des violences physiques, les personnes LGBTI font face à des discriminations en tous genres, en partie à cause des croyances religieuses fortement ancrées dans la société haïtienne. Au niveau familial, plusieurs perdent le soutien économique et moral de leurs parents, alors que d’autres sont rejetés et chassés de leurs familles. Tant à l’école qu’à l’église, les personnes LGBTI de tous âges subissent des discriminations qui rendent l’accès à l’éducation et aux services publics difficiles. 

« Quand une personne [LGBTI] malade va à l’hôpital, pour le prestataire de soins, c’est une personne maudite qui est venue auprès de lui ou d’elle pour demander des soins, c’est une personne qui est couverte de péchés. Partout, c’est très difficile de vivre son expression de genre, de vivre son identité de genre, de vivre même son orientation sexuelle. Pour [la population en général], ça ne devrait pas être dévoilé, ça ne devrait pas être affirmé ni affiché. »

En raison de ces enjeux, Kouraj milite pour le respect des personnes LGBTI en leur offrant autant de l’éducation que des accompagnements médicaux et psychologiques. Par exemple, elle offre des renseignements et des mesures de prévention des maladies  sexuellement transmissibles, ainsi que des tests de dépistage rapides et non-médicalisés pour les personnes LGBTI. À travers une multitude d’activités, l’organisation travaille également sur les problèmes d’estime de soi des personnes LGBTI, un enjeu considérable dans cette communauté qui pose souvent un obstacle à la lutte pour le respect de leurs droits. De plus, elle offre de l’assistance juridique aux membres de la communauté qui ont été victimes de violations des droits humains. 

Au cours des dernières années, l’efficacité des projets d’éducation aux droits humains chez Kouraj a été accrue par son travail avec Equitas dans le cadre du programme Consolider le mouvement de lutte contre l’homophobie et pour le respect des droits des personnes LGBTI en Haïti. Ce projet vise à encourager la collaboration entre les organisations de droits LGBTI dans le pays, à sensibiliser la population sur le mouvement, et à améliorer les relations entre la société civile et l’État, tout en utilisant l’approche basée sur les droits humains. À travers ce partenariat, de plus en plus d’organisations sont unifiées dans la lutte pour les droits LGBTI et le mouvement se répand rapidement dans le pays.

Bien que l’organisation ait reçu plusieurs menaces en réaction à leurs activités visant à augmenter la visibilité des personnes LGBTI, un questionnement graduel des mentalités conservatrices anti-LGBTI commence à faire surface. En poussant la curiosité de la population au sujet de l’orientation sexuelle, les membres de l’organisation espère atteindre un certain niveau de tolérance et un changement de perspective.

« Il y a plusieurs concepts qui sont nouveaux en Haïti. Comment une personne peut vivre une orientation sexuelle qui est différente de l’hétéronormativité, la différence entre une personne cisgenre et une personne transgenre, la différence entre une personne transsexuelle et hétérosexuelle, l’homosexualité, tout ça, c’est nouveau. Il faut que les gens apprennent ça, il faut que les gens comprennent. »

L’importance de l’éducation aux droits humains pour Junior est donc la raison pour laquelle elle a décidé de participer au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’ Equitas cette année. Dès son arrivée au Programme, elle fut saisie par la chaleur avec laquelle elle a été accueillie et intégrée dans son groupe. 

« Ce n’est pas quelque chose que je rencontre tout le temps dans ma vie courante qu’une personne m’accueille comme je suis, en tant que personne gaie transgenre, et que ce soit apprécié et valorisé. »

Ce sentiment a été renforcé par l’usage de l’approche participative, une approche qui requiert les connaissances et expériences de chacun afin de maximiser l’apprentissage. Selon Junior, cette méthode est valorisante pour chaque membre du groupe et permet à chacun d’échanger de façon égalitaire au sein d’un groupe inclusif. Au fil du programme, elle a également apprécié l’importance portée à l’égalité de genre. 

« Une fois arrivée au PIFDH, j’avais plus envie de mettre la main à la pâte pour continuer à avancer, continuer à pousser la lutte. Peut-être que ce ne sera pas ma génération qui tirera les profits de ma lutte en tant que militante des droits humains, mais pour la génération future, on pourra peut-être dire qu’il y aura une certaine tolérance envers la population LGBTI. »

Par Elyette Levy, stagiaire en communications à Equitas

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