Émanciper les populations marginalisées par la radio en Haïti

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COLETTE LESPINASSE  ̶  Haïti

 

Cette histoire fait partie de la série Nous sommes le changement en droits humains pour célébrer le 50e anniversaire d’Equitas (#Equitas50). Tout au long de l’année 2017, découvrez les histoires de 50 défenseur-e-s des droits humains. Ce ne sont là que quelques leaders parmi des centaines qui, avec l’appui d’Equitas, changent des vies à travers le monde par l’éducation aux droits humains.

Photo : Mikaël Theimer (www.mikaeltheimer.com)

« Je cherche toujours des moyens pour contribuer à l’émancipation et à la reconnaissance des droits des personnes exclues ».

C’est grâce à la radio que Colette Lespinasse déploie l’éducation aux droits humains et assure l’accès à l’information pour les populations marginalisées en Haïti. Elle débute sa carrière à l’époque de Duvalier chez Radio soleil, où elle donne la parole aux personnes marginalisées et exclues en abordant les réalités vécues par les paysans, les femmes et les migrants. Alors que le président Jean-Claude Duvalier organise un référendum en 1983 pour se maintenir au pouvoir, « nous avons pris le soin d’expliquer dans l’émission ce qu’est un référendum, de définir les enjeux, à travers les sketchs, des sociodrames, afin que la population puisse bien comprendre la situation », raconte Colette. Le référendum a finalement été boycotté.

« J’ai découvert à travers la radio les réalités du pays : les sections communales, la vie à la campagne, les problèmes fonciers, les expulsions, les dépossessions, les problèmes environnementaux », dit-elle. Pour Colette, les médias doivent être proches des gens. En permettant aux personnes marginalisées et abandonnées par l’État de s’exprimer sur les problématiques qui les affectent, on facilite par le fait même leur inclusion dans la société. « Nous avons produit, par exemple, l’émission Honneur et respect où les gens pouvaient témoigner sur les conditions de vie des paysans, écouter des formations sur l’agriculture et les droits humains ».

Colette anime jusqu’en 2011 un programme chez Radio Kiskeya, intitulé Femmes actives. Ce programme permet une plus grande visibilité des femmes et des organisations œuvrant auprès des femmes afin de faire connaître leurs luttes et leurs activités. L’émission représente un espace d’échange où l’on célèbre le mouvement féministe. « Quelle que soit la situation, je trouvais des gens pour commenter, par exemple sur les désastres naturels et les conséquences spécifiques pour les femmes ».

Pendant le coup d’État contre le président Aristide en 2004, l’instabilité politique et les violences ont été  des obstacles considérables à la liberté d’expression et aux droits de communication et d’association. Cela n’a pas empêché Colette de trouver des moyens de poursuivre son travail d’information et de sensibilisation. « Nous avons commencé à enregistrer des capsules d’information pour les groupes persécutés et marginalisés. 

On faisait des choses extraordinaires pour sauver des vies, des détours pour récolter des témoignages et faire connaître ce qui se passait. Les enregistrements étaient reproduits et envoyés partout dans le pays. Clandestinement, les groupes se tenaient informés ».

Alors que Colette s’intéressait de plus en plus à divers enjeux liés aux droits humains, elle décide, en 2005, d’approfondir ses connaissances en participant au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’Equitas à Montréal, au Canada.

« C’est à ce moment que j’ai réalisé l’importance des valeurs à la base des droits humains et leur puissance transformatrice. Avant Equitas, je connaissais les droits humains de façon superficielle, je connaissais les documents ». 

Tout au long de son parcours engagé, que ce soit à la radio ou auprès d’organisations de la société civile, Colette demeure près des populations exclues. Si aujourd’hui elle aborde sur les ondes les réalités des personnes handicapées et des personnes s’identifiant comme lesbiennes, gais, bisexuelles, transgenres, queer ou intersexuées (LBGTQI), elle s’intéresse également, et ce dès le début des années 1990, au sort des rapatriés et réfugiés.

En 1991, le président de la République dominicaine a annoncé qu’il expulserait de son territoire toute personne suspectée de nationalité haïtienne. Entre juin et septembre 1991, plus de 75 000 personnes ont été expulsées. Colette se joint alors à un collectif pour fonder le Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (GARR), qui encore aujourd’hui aide les rapatriés de la République dominicaine. Colette a formé le personnel du GARR pour développer une approche organisationnelle basée sur les droits humains, et intégrer un volet Égalité de genre. Depuis le tremblement de terre qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010, le GARR travaille également avec des déplacés internes qui se trouvent dans des camps et dans des familles d’accueil à Port-au-Prince et à la frontière.

Avec les défis rencontrés au fil des ans, la radio a toujours été et demeurera un allié de taille pour Colette afin de poursuivre sa lutte pour une société plus inclusive. « La radio c’est un espace de rencontres et d’échanges. Un médium favorisant la liberté et la solidarité».

 


COLETTE LESPINASSE  ̶  Haïti
Co-fondatrice et ancienne directrice du Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (GARR)
Participante au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’Equitas, 2004


Histoire rédigée par Paule Portugais-Poirier, rédactrice-stagiaire, Equitas.

 

 

Le Programme international de formation aux droits humains d’Equitas est en partie réalisé grâce au soutien financier du gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

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