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Hassan Abdi Omar : Promouvoir le respect des droits humains et l’égalité de genre au Kenya

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Même si les organisations de la société civile jouent un rôle particulièrement important dans l’avancée des droits humains à travers le monde, il est aussi important de souligner le travail des institutions nationales dédiées aux droits humains, qui assurent leur respect et leur défense. En 2011, le gouvernement du Kenya a établi un organe de surveillance, appelé Kenya National Commission on Human Rights (KNCHR), dont le premier objectif est de contrôler les violations des droits de l’homme commises par les institutions gouvernementales, de promouvoir et de protéger les droits humains dans tout le pays. À travers son travail au sein de la commission, Hassan Abdi Omar, un participant de la dernière édition du Programme international de formation aux droits humains (PIFDH), développe des programmes et du matériel de formation qui peuvent être utilisés dans tout le pays, contribuant ainsi à la généralisation de l’éducation publique pour tous.

« Au Kenya, un pays en développement, il y a de nombreuses violations des droits humains. Quand les gens défendent leurs droits, par exemple lorsqu’ils font valoir leur droit de réunion, ils sont menacés, leurs vies sont menacées. Il y a des endroits au Kenya, par exemple là d’où je viens, où il n’y a pas d’eau courante ni de bonnes écoles. Les droits économiques et sociaux fondamentaux, le droit à la santé, à l’eau, à l’éducation, ce sont les droits que nous revendiquons. La chose la plus simple qui définit l’être humain. Quand on vient de là, on comprend le sens des droits humains. Et en tant que commission, nous sommes la voix de ceux qui n’en n’ont pas. Nous pouvons dire au gouvernement qu’ils sont tenus d’assurer ces choses ».

 

Dans un pays face à de nombreux défis, le travail de la Commission est loin d’être facile. Une partie de leur travail repose sur les dénonciations de violations des droits humains, recueillies auprès des citoyens, ce qui peut rendre leur accessibilité difficile. Leur travail est aussi grandement compromis par l’agenda du gouvernement kenyan. Leurs ressources sont non seulement limitées, mais certaines situations conduisent aussi le gouvernement à autoriser ou même à perpétrer des violations des droits humains, souvent au nom de la sécurité nationale. Par exemple, le conflit frontalier avec la Somalie et la présence émergente de l’organisation terroriste Al-Shabaab ont récemment poussé le gouvernement kenyan à se décharger de ses responsabilités liées aux droits humains.
« Le gouvernement, qui est censé protéger, devient le principal violateur des droits, particulièrement à travers les exécutions extrajudiciaires. Quand les gens voulaient manifester violemment, beaucoup sont morts – la police a tiré. Cela montre encore qu’ils ont manqué à leur devoir de protéger les vies humaines quand ils ont tiré. C’est un des défis auxquels nous faisons face : il n’y a aucune excuse pour que le gouvernement abandonne ses responsabilités ».

Néanmoins, les accomplissements du KNCHR sont impressionnants. Alors qu’Hassan se préparait à assister au PIFDH de cette année, son organisation faisait des recommandations dans le cadre d’une affaire de la Cour Suprême portant sur l’avortement en cas de viol. La Cour Suprême a finalement émis une décision historique, en rendant un jugement en faveur des victimes. « Nous transposons nos protestations dans les salles de conférence », dit-il, en expliquant qu’ils se rapprochent du gouvernent, des cercles décisionnels et des institutions éducatives du pays, ce qui rend leur travail plus efficace. Par exemple, la Commission travaille désormais avec Kenya School of Governement et Kenya Judicial Training Institute et leur offre une formation de base en droits humains et du matériel de formation afin de mieux les préparer à une carrière dans les domaines du service public et de la justice. Une autre des initiatives qu’ils ont récemment lancées est la création d’un numéro de SMS ou de Whatsapp propre à la Commission, afin de faciliter la communication avec les citoyens vivant dans des régions reculées. Désormais, les Kenyans qui veulent signaler des violations des droits humains n’ont plus besoin d’être présents physiquement pour faire grief devant le KNCHR, ils peuvent le faire simplement en utilisant leurs téléphones.

 

 

Un autre aspect important du travail de la Commission est l’égalité de genre. Très tôt dans son travail de développement d’un programme scolaire sur les droits humains, l’une des priorités de Hassan a été de créer un contenu axé sur l’égalité entre les sexes.

« Nous sommes sensibles au matériel que nous utilisons pour les formations, nous ne pouvons être vus comme si nous promouvons un genre plus qu’un autre. Quand nous repérons les participants qui pourraient être formés, nous devons être vigileants et faire un effort pour diversifier les profils de nos participants. Au niveau de l’organisation, notre président est une femme, deux de nos commissaires sont des femmes – de cette manière, nous appliquons la règle de l’égalité de genre dans notre pays. À chaque niveau, nous nous assurons qu’il y ait une représentation équitable des sexes parce qu’il y a des problématiques propres aux femmes – par exemple, la mutilation génitale féminine. Quand nous étudions les politiques et lois du gouvernement, nous devons déterminer si elles sont sexospécifiques ou non ».

La promotion de l’égalité de genre est essentielle au combat pour les droits humains au Kenya. C’est pourquoi Equitas étend son action à ce pays. Voulant soutenir le leadership des femmes, développer les capacités des organisations de la société civile et contribuer à la création d’espaces de dialogue avec les décideurs, Equitas espère habiliter les femmes et les filles et les aider à entretenir un environnement égalitaire dans leurs communautés.

Soutenir l’éducation aux droits humains au Kenya est donc d’une importance majeure pour les actions du KNCHR. Selon Hassan, renforcer les capacités de son équipe et leur apporter les bons outils pour identifier les violations des droits humains et pour se défendre contre ces dernières est un premier pas pour le changement dans son pays natal. Un pas qui, selon lui, a été rendu possible par sa participation au PIFDH.

« Charité bien ordonnée commence par soi-même, le changement doit venir de l’intérieur. Et l’expérience du PIFDH demande un changement de mentalité – par exemple, je viens d’une communauté conservatrice. Même en tant que défenseur des droits humains, nous ne parlons pas de la communauté LGBTQI. C’était donc mon premier échange avec une personne s’affirmant lesbienne ou gay et qui me racontait son passé et son histoire. Cela m’a ouvert les yeux, j’ai beaucoup appris et cela a changé mon point de vue là-dessus. La formation a été une grande occasion de construire le savoir que j’ai besoin de transmettre aux autres membres de la Commission. L’avantage que j’ai, c’est que certains de mes collègues ont déjà participé [au Programme], j’ai donc deux anciens participants avec qui travailler. Je dois entamer une discussion sur ce qui peut aider et impacter en termes de changement, en commençant par mon département. Quand nous aurons fait cela, notre contenu, notre matériel de formation devront être conformes à l’approche participative ».

En raison de la nature spécifique du travail accompli par les institutions nationales des droits humains, leur représentation et leur expérience d’apprentissage au PIFDH sont importantes pour la lutte des droits humains. C’est pour cette raison que la Fondation Max Yelden, qui a été créée en mémoire de l’ancien Commissaire en chef de la Commission canadienne des droits de la personne, soutient chaque année la présence d’un participant au PIFDH. Cette année, Hassan a été le récipiendaire de cette bourse qui lui a permis de promouvoir l’éducation aux droits humains au Kenya.

 

 

« C’était une chance pour moi d’être ici. J’ai construit des liens, un réseau que je chérirai à jamais. J’ai beaucoup appris en termes de connaissances, de compétences, d’expériences. Des choses que je n’avais jamais apprises ou vues avant de venir ici ».

Par Elyette Levy, stagiaire en communications à Equitas

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