Dans un contexte où les préoccupations économiques dominent l’actualité au Canada, quelle place occupent les droits humains dans une société qui se veut prospère et dans une économie dite forte? Les préoccupations sont multiples : le coût de la vie explose, les loyers sont inabordables et l’épicerie coûte de plus en plus cher. Nous le vivons au quotidien. Nous connaissons de plus en plus de personnes de la « classe moyenne », autour de nous, touchées par les problèmes économiques.
Le 13 novembre 2025 le premier ministre du Canada Mark Carney a dévoilé des projets de développement national afin de stimuler l’économie et réduire notre dépendance au marché américain. Ces projets majeurs contribueront-ils à soutenir tou.te.s les Canadien.ne.s, incluant les personnes plus vulnérables qui ont de la difficulté à joindre les deux bouts?
Est-ce que le respect des droits humains favorise la croissance économique? Ou, au contraire, est-ce la croissance économique qui permet la mise en place de mesures d’équité, qui permettent un meilleur respect des droits humains? Les deux sont sans doute interreliés et interdépendants.
Selon l’Atlantic Council (1), les pays qui ont renforcé leur démocratie ont vu leur PIB par habitant augmenté de 8,8% au cours des vingt dernières années.
Mais la prospérité d’une société ne se mesure pas uniquement à la croissance économique. Selon l’Atlantic Council, les six dimensions suivantes sont comprises dans le concept de prospérité :
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Le revenu par habitant généré par la croissance économique
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L’accès à la santé ;
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L’accès à l’éducation;
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La réduction des inégalités ;
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L’absence de discrimination envers les minorités et l’accroissement d’opportunités et
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La qualité de l’environnement.
Comment s’assurer alors que l’ensemble de ces éléments soient pris en compte lorsque l’on parle de prospérité, de développement économique et d’avenir juste et équitable?

Il n’existe évidemment pas de réponse facile, mais des pistes de réflexions s’imposent.
Promouvoir les droits humains dans le développement économique n’est pas seulement un impératif moral, mais un levier concret pour la prospérité. Lorsqu’on intègre l’équité, l’inclusion et la participation de toutes et tous dans les projets économiques, on renforce la cohésion sociale, la productivité et la créativité. Les entreprises et initiatives qui respectent les droits humains, offrent des conditions de travail décentes et favorisent l’égalité d’accès aux opportunités voient souvent un engagement plus fort de la part des employés et une meilleure performance globale. Autrement dit, soutenir les droits humains et réduire les discriminations n’entrave pas la croissance. Au contraire, cela crée un environnement où chacun peut contribuer pleinement, stimulant ainsi une économie plus durable et véritablement prospère
Une population qui a accès à l’éducation et aux soins de santé, qui peut exercer sa liberté d’expression et d’association, et qui se sent incluse, sans discrimination, indépendamment de son identité de genre, de son orientation sexuelle, de son origine ou de la couleur de sa peau, sera plus productive et contribuera davantage à la prospérité collective.
Le respect et la promotion des droits humains peuvent influencer la qualité de la croissance économique
Que faire alors? Rappelons aux élu.e.s que les droits humains ne sont pas un luxe ni un simple ajout symbolique. Les droits humains sont des obligations morales, mais aussi légales, en vertu des chartes québécoise et canadienne et de nos obligations internationales.
N’oublions pas d’analyser toutes nos initiatives économiques à travers l’angle des droits humains. Qu’est-ce que cela veut dire? Par exemple, c’est de :
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Réfléchir à l’inclusion de personnes les plus marginalisées aux projets économiques;
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S’assurer que les entrepreneur.e.s connaissent et respectent leurs obligations en matière d’égalité et d’approvisionnement équitable qui évitent l’exploitation des travailleuses.eurs et qui respectent l’environnement;
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Questionner les projets et garantir que les avancées économiques ne défavorisent pas ou discriminent les femmes ou les personnes 2ELGBTQI+;
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C’est aussi mettre en place des mesures concrètes pour que les projets bénéficient les communautés locales.
Il est évident alors que la promotion du respect des droits humains n’est pas seulement la bonne chose à faire moralement, mais elle aussi essentielle à une économie saine.
Jean-Sébastien Vallée, Directeur de l’éducation et des communications, Equitas
Odette McCarthy, Directrice générale, Equitas