Comment rendre le PIFDH plus accessible aux personnes handicapées

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Cette année, le Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) accueillait sept participant-e-s et une coanimatrice qui travaillent tous à la défense des droits des personnes handicapées dans leur région respective. C’est en raison de leur propre handicap que quatre de ces personnes militent pour plus de visibilité et d’accessibilité, et revendiquent les mêmes droits humains fondamentaux dont jouissent naturellement les personnes non handicapées. Nous leur avons demandé de nous parler de leur expérience au PIFDH, et comment améliorer le programme pour les années à venir.

 

Les réponses ont été positives. Ces personnes ont souligné des moments où elles se sont senties très reconnaissantes pour des gestes bienveillants à leur égard, et la façon dont leur animatrice ou animateur avait adapté la salle de classe à leurs besoins.

 

« Dès le premier jour nous avons parlé de moi, raconte Ala Daqqaq, coordonnatrice de la politique et de la planification pour l’organisation Higher Council for the Rights of Persons with Disabilities en Jordanie. Pamela [mon animatrice] m’a dit qu’il fallait prendre le temps de s’assoir [et de parler] pour qu’elle puisse bien comprendre mes besoins en classe et avec mes collègues. J’ai vraiment apprécié ce geste dès la première journée. »

 

Ala Daqqaq

 

Imed Tarchi, membre exécutif de l’Organisation Tunisienne de défense des droits des personnes handicapées (OTDDPH), a mentionné que son animateur avait modifié les activités quotidiennes en classe pour qu’il puisse y participer.

 

Imed Tarchi

 

L’expérience d’Ala est similaire.

 

« Mon animatrice connaissait mon handicap, dit-elle. À chaque activité, elle m’a demandé comment inclure une question liée au handicap. »

 

Bien que les membres du personnel Equitas mettent tout en œuvre pour combler les besoins de tout un chacun du mieux qu’ils peuvent, entendre parler directement d’expériences vécues à ce sujet est la meilleure façon d’apporter des améliorations significatives au programme au cours des prochaines années.

 

« Nous développons nos compétences au fur et à mesure, affirme Marie-Pierre Arseneault, l’une des coordonnatrices du PIFDH. Accueillir des personnes handicapées dans les groupes et en tant qu’animatrice ou animateur permet d’aborder cette réalité dans des conversations, même si cela ne fait pas nécessairement partie du contenu. On en parle, on en fait une priorité et on ne l’oublie pas. »

 

Cette méthode fait partie de l’approche participative, laquelle place les participant-e-s au centre de leur propre apprentissage. Au lieu de se limiter à des exposés magistraux, le programme de formation de trois semaines vise à créer un espace où les gens sont à l’aise de partager leurs points de vue et découvrent dans quelle mesure les questions sociales varient à travers le monde. Le programme met également l’accent sur une approche fondée sur les droits humains. Les personnes marginalisées qui prennent part au PIFDH jouissent d’une plateforme qui leur permet de se faire entendre et d’être valorisées, et de faire comprendre la réalité des difficultés qu’elles vivent. Les participant-e-s au PIFDH travaillent à la défense des droits humains dans leur communauté, ce qui signifie qu’elles et ils ont de vastes connaissances à partager. Cela signifie également qu’elles et ils sont en mesure de transmettre les perspectives nouvellement acquises une fois de retour dans leur pays.

 

Comment améliorer le PIFDH

 

Bien que personne avec une déficience visuelle n’ait pris part à la 39e édition du PIFDH, on nous a donné un exemple concret à propos d’une chose extrêmement simple – que les personnes non handicapées tiennent pour acquis – que l’on pourrait facilement rendre plus inclusive.

 

« Lorsqu’il fallait former des équipes, on utilisait des Post-it de différentes couleurs, raconte Rania Derbel, responsable de projet pour la Fédération des associations Tunisiennes œuvrant dans le domaine du handicap (FATH). Au lieu d’utiliser des couleurs, on pourrait utiliser des formes. Triangles, carrés, cercles… Ainsi, les personnes avec un handicap visuel peuvent toucher la différence. C’est une façon simple de rendre une chose plus inclusive. »

 

Rania Derbel, photo par Samer Sharif

 

Par le passé, Equitas a fait appel à des stagiaires pour aider des participant-e-s avec un handicap visuel pendant toute la durée du programme. Ces participant-e-s avaient également accès à une application sur leur téléphone qui pouvait lire l’un ou l’autre de leurs manuels à haute voix.

 

Une suggestion commune sur la façon de rendre le programme encore plus inclusif est de consacrer une session thématique sur les droits des personnes handicapées, tout comme les sessions consacrées à la communauté LGBTQI+, aux peuples autochtones, et autres.

 

« La question du handicap est rarement soulevée dans le programme, souligne Thi Phuong Hao Nguyen, responsable de programme pour l’Association for Empowerment of Persons with Disabilities au Vietnam. Si possible, ce serait bien de l’inclure dans le programme et de lui accorder davantage de visibilité. »

 

Thi Phuong Hao Nguyen

 

« C’est une formation aux droits humains, dit Rania. Donc, elle inclut les personnes handicapées. »

 

Actuellement, le PIFDH consacre un bloc de trois heures à une session intitulée « Méthodologie Forum ouvert », où il est possible d’aborder une question sociale qui ne l’a pas été durant le programme. Selon Marie-Pierre, ce bloc de trois heures serait une excellente occasion d’aborder la question du handicap, toutefois elle signale le souhait que l’on accorde une plus grande importance à cette question durant le PIFDH en tant que thème central.

 

Ahlem Nsiri, à la tête du Centre Tunisien méditerranéen, rappelle qu’il « est important d’envisager cette question sous l’angle de l’intersectionnalité, car elle touche les femmes, elle touche la communauté LGBTQI+, elle touche tout le monde. »

 

Ahlem Nsiri

 

Equitas est sur le point de lancer un projet de renforcement des capacités appelé Rawabet, ce qui signifie « connexions » en arabe. Le projet s’adresse aux femmes, aux jeunes et aux personnes handicapées au Maroc, en Jordanie, en Tunisie et en Égypte. Le soutien au respect des droits humains est au cœur du projet. Grâce à Rawabet, plus de 1 500 jeunes, femmes et personnes handicapées en Tunisie, en Jordanie, au Maroc et en Égypte apprendront comment utiliser efficacement les nouvelles technologies en vue de s’engager dans leur communauté et de participer plus activement à la promotion des droits sociaux et économiques. Parmi les huit personnes qui ont participé au PIFDH cette année et qui militent en faveur de la défense des droits des personnes handicapées, six viennent des régions où le projet Rawabet est lancé.

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